Valcheta : le Workaway de l’enfer

Nico et Martín au coeur de la Patagonie

Suite à notre expérience Workaway pas terrible à Bariloche, nous souhaitions nous retrouver dans un endroit tranquille, où nous pourrions nous reposer et partager de bons moments pour les fêtes de fin d’année.

Nous avons donc parcouru les autre offres Workaway en quête de la perle rare, et nous l’avons trouvée en la personne de Nadine, une quinquagénaire française vivant en Argentine depuis huit ans. L’annonce de Nadine faisait rêver. Elle avait besoin de volontaires pour l’aider à s’occuper de ses chambres d’hôtes à Valcheta, un petit village perdu au fin fond de la Patagonie. Elle promettait gîte, couvert et bonne humeur contre quelques heures de travail par jour. Vous imaginez bien que ça ne s’est pas exactement passé comme prévu…

Carte Valcheta

Chapitre 1 : Rencontre et découverte des lieux

Après avoir passé une chouette nuit dans le bus (sur 544 km de route en terre, c’était aussi agréable que de dormir contre une machine à laver), nous posons les pieds à Valcheta à 6h tapantes. Le village semble pauvre : maisons très basses et en ruines, voitures défoncées, chiens errant de partout dans les rues… On avait un peu été habitués à cette ambiance en Argentine mais comme là en plus tout est désert, on a l’impression qu’une bombe s’est abattue sur la zone.

Nadine se pointe. Petite et mince, maquillée à outrance, cheveux blonds en désordre, elle nous tape la bise la clope au bec. Elle est accompagnée d’un autre volontaire, un Argentin trapu et jovial du nom de Martín.

Vu le nombre d’années que Nadine avait passées en Argentine, on se l’imaginait bilingue. On s’est rendus compte de notre erreur en l’entendant s’adresser à Martín. En fait, son niveau d’espagnol est CATASTROPHIQUE. Elle fait des fautes énormes, n’accorde pas les adjectifs, ne conjugue jamais les temps comme il faut, utilise à moitié du français, et son accent est à mourir de rire. Si vous voulez vous marrer un peu, on vous propose de regarder cette interview en espagnol où elle a carrément dû être sous-titrée… En espagnol !

La demeure de Nadine est située à l’écart du village, il faut se taper 15 km sur une route en terre déserte pour y parvenir. Sur place, pas de réseau de téléphone ni Internet.

Nous découvrons la maison, grande et décorée entièrement par Nadine, qui n’en est pas peu fière. Nous prenons un petit déjeuner léger puis sommes envoyés faire des courses avec Martín. On retraverse les 15 km pour se rendre au village. Après avoir dépensé une petite fortune à l’épicerie pour acquérir des produits de première nécessité, direction la boucherie. Derrière la vitrine, deux carcasses de boeuf sont suspendues à des crochets au-dessus d’une mare de sang. Lorsque l’employé nettoie la flaque, sa serpillère entre en contact avec l’extrémité de la viande qui touche le sol… Pour les normes d’hygiène on repassera !

carcasse vache
Âmes sensibles s’abstenir…

On fait la bise à toute la famille installée dans l’arrière-boutique, on discute et on partage un maté. La propriétaire est une Argentine de 55 ans du nom de Soledad, extrêmement gentille et chaleureuse, qui s’intéresse beaucoup à nous. Un moment « authentique » au coeur d’une petite famille !

Sur le chemin du retour on partage bières et croissants avec Martín, qui s’avère être un bon vivant, détendu, généreux et très drôle. On va bien s’entendre !

Martin
Entre fumer, boire ou conduire, Martín n’a pas choisi
Chapitre 2 : le deal Workaway

Dans son annonce Workaway, Nadine disait avoir besoin d’aide pour couper du bois et nettoyer ses chambres d’hôte. On lui avait aussi proposé d’améliorer ses supports de communication (dépliant et site web) qui avaient grand besoin d’un rafraîchissement.

Lorsque nous lui avons demandé combien d’heures nous devions travailler par jour, elle a balayé la question d’un geste : “nooon mais je ne suis pas là pour vous dire de bosser de telle heure à telle heure, c’est flexible, s’il y a du travail vous le faites, sinon non.” Un discours qui se voulait cool en théorie, mais qui nous a beaucoup desservi par la suite…

Comme nous n’avions ni horaires ni consignes, on se tournait clairement les pouces. Dès qu’on demandait du travail à Nadine elle nous disait de “faire fonctionner notre cerveau”. Venant d’arriver, il était un peu délicat pour nous de lui proposer des choses à faire dans sa propre maison…

On a fait un peu de ménage, coupé du bois, construit une cabane, fait quelques photos pour le site, désherbé… mais on ne peut pas dire qu’on a été très productifs, faute d’une véritable organisation. Malgré cela, on n’avait pas beaucoup de temps libre pour bosser sur des projets personnels (la création de ce blog par exemple !) car on passait des heures à tourner en rond en attendant des instructions.

Nico et Martín coupent du bois
Nico et Martín coupent du bois

On a déchanté aussi en ce qui concerne la nourriture, car Nadine nous avait promis trois repas par jour en échange de notre travail, mais dans les faits c’était un peu différent. Le matin nous mangions des tranches de pain décongelé tartinées de dulce de leche, mais pas trop, parce qu’il fallait en laisser pour les clients. On notera ici que durant tout notre séjour, il n’y aura eu aucun client. Il faut dire que vu les prix indécents pratiqués par Nadine et la non-attractivité du lieu (absolument aucune activité à faire dans la zone !) il fallait en vouloir pour venir s’enterrer là.

Le midi, il n’y avait tout simplement pas de repas. Nadine s’enorgueillissait de n’avoir besoin de manger que le soir. Soit, mais à un repas et demi fourni par jour, le deal Workaway était du coup beaucoup moins intéressant pour nous.  

 

Chapitre 3 : la bête

Contrairement à d’autres expériences Workaway où on n’avait jamais la possibilité de passer des moments privilégiés avec notre hôte overbooké, ici, c’était du 100% Nadine. Elle était toujours là, et on a vite cerné le personnage.

Pour faire simple, Nadine est une grande gueule. Elle parle fort, elle jure comme un charretier, elle rit à gorge déployée à ses propres blagues, elle écoute de la musique à fond à longueur de journée (on regrette que Florent Pagny n’ait pas plutôt choisi une carrière dans la plomberie). Elle boit beaucoup et fume comme un pompier. En fait, elle peut se féliciter de ne pas être manchot car on ne l’aura jamais vu sans un verre de vin rouge dans une main et une clope dans l’autre. Tout ce folklore fait sourire au début, cela fait partie du personnage. Mais à force de passer du temps en sa compagnie, on est rapidement passés d’une curiosité bienveillante à un profond dégoût envers sa personne.

À chaque dîner, elle nous servait un interminable monologue sur un sujet de son choix. Et elle en avait des choses à dire. Malheureusement, pas des choses intéressantes. Elle nous imposait ses discours incohérents, basés sur des opinions allant de simplettes jusqu’à totalement stupidesÀ l’image d’une grand-mère sénile, elle nous rebattait les oreilles avec la même rengaine trois, quatre, cinq ou six fois d’affilée. Si on n’était pas d’accord avec son point de vue éclairé, on s’en prenait plein la tronche. Car la bête était agressive, on y reviendra. On a donc fini par se murer dans un silence poli, seulement ponctué de “mmmh mmmh” ou “ah oui d’accord”.

La maison de l'enfer...
La maison de l’enfer…
Chapitre 4 : des chiffres, des lettres et de la jaja

Malgré son affreux caractère, Nadine avait quand même de nombreux amis. Nous avons notamment rencontré Veronica, une gentille Argentine d’environ 35 ans avec qui nous avons passé une après-midi… Particulière.

Nous nous demandions comment une personne aussi charmante et sensée que Veronica pouvait s’être liée d’amitié avec quelqu’un d’aussi ridiculement stupide que Nadine. Eh bien il s’est avéré que les deux femmes partageaient la passion des pseudo-sciences (selon nous attrape-pigeon) telles que l’astrologie et la numérologie.

Nous voilà donc tous les cinq attablés devant feuille blanche et verre de rouge. Veronica commence sa séance. Je vous passe les détails du processus (il faut associer son nom complet avec des chiffres, additionner ceux de sa date de naissance, bref…). Nous nous retrouvons avec des résultats aussi vagues qu’un horoscope de Télé Loisir.

Voici ce que je découvre : Le désir profond de mon âme est d’acquérir ordre, travail et structure. Ma mission dans la vie a trait au jeu, à l’expression et à la créativité. La salle de mon trésor est vide, ce qui indique un manque de projets (ben voyons). J’ai un prince dans mon temple et une reine dans ma bibliothèque, mais mon majordome est absent du château, ça veut dire que… tout comme moi, il a déserté le délire.

Martín et Nico continuent à faire semblant de s’intéresser, mais ils ont besoin de beaucoup de vin pour être convaincants.

Nadine, de son côté, ronchonne car elle n’arrive pas à additionner les chiffres, puis s’extasie lorsque son amie lui explique ses résultats. On se coltine ses hurlements pendant plusieurs minutes : “MAIS C’EST MOI ÇA !!! MAIS OUI !! C’EST EXACTEMENT MA PERSONNALITÉ PROFONDE OLALA C’EST EXCEPTIONNEL CE QUE TU FAIS CHÉRIE !!!”.
Ça fait déjà mal aux yeux à lire, imaginez les ravages sur nos pauvres oreilles innocentes. À partir de ce jour, nous rebaptisons Nadine : la Folle.

Bilan de l’après-midi : trois bouteilles de pinard descendues à cinq. Ambre & Nico KO.

 

Chapitre 5 : cas-soc’ bière foot

Le 15 décembre se disputait la finale de la Copa Argentina. Les Argentins ont la réputation d’être obsédés par le football, et notre ami Martín ne dérogeait pas à la règle. Nadine n’ayant pas de télévision, nous sommes allés regarder la finale chez ses amis Juan et Nati.

19h35

On arrive dans la maison alors que la famille n’est pas encore là. Des morceaux de véhicules traînent un peu partout. Juan est mécano et son atelier déborde visiblement sur le salon. On aperçoit des fissures au mur où est accroché un calendrier de 2010. Toutes les surfaces sont recouvertes d’une épaisse couche de poussière, le mobilier est défoncé, mais au beau milieu de la pièce trône une gigantesque télévision flambant neuve.

Chez Juan et Nati

Martín est d’ores et déjà installé devant l’écran alors que le match ne commence que dans deux heures. Il nous propose une bière que nous acceptons avec plaisir, autant commencer à s’alcooliser tout de suite pour avoir une chance de supporter la soirée. C’est triste à dire, mais c’est vrai.

19h41
Martín vient d’augmenter le son de la télé de 56 à 100. La bière ne va pas suffire à ma survie, je pars en quête du mot de passe du wifi. Arrive une personne âgée, vraisemblablement la mère de Juan. Je m’approche pour la saluer mais elle ne me remarque absolument pas et se rue sur Martín. Elle entame un monologue enflammé qui promet de durer jusqu’au lendemain. A l’image de Nadine, elle répète cent fois la même chose. On ne comprend pas la moitié de son charabia mais ce qui est sûr c’est qu’elle a l’air complètement allumée du bulbe.

20h15
L’ancienne du gaz est toujours en train de jacasser. Martín perd patience et jette de plus en plus de coups d’oeil inquiets à la télévision. La vieille pose son regard sur Nico et moi et se rend subitement compte de notre existence. Elle décide de jeter son dévolu sur nous. Elle nous tient la grappe non-stop sur un sujet totalement obscur, mais on est devenus experts dans l’art d’acquiescer bêtement. Au bout de dix minutes nous sommes sauvés lorsqu’arrive Nadine, notre Folle à nous. Difficile à croire, mais c’est vrai.

20h25
L’ancienne est ravie de voir Nadine et se relance dans des explications interminables, mais notre Nadine nationale n’est pas genre à se laisser bassiner par qui que ce soit. Elle annonce qu’elle a des courses à faire et qu’elle a besoin de l’aide de Martín. Ce dernier n’est pas ravi car le match commence dans trente minutes, nous on est juste horrifiés de devoir affronter la mamie sénile seuls…

20h36
Cela fait quelques minutes que nous faisons des gestes désespérés à Nadine pour qu’elle nous emmène, tels des petits chiots apeurés lorsque leur maître fait ses valises pour partir en vacances. Son horoscope devait être bon ce jour là car elle nous a pris en pitié.

20h44
La grand-mère nous a dit adieu cinq ou six fois même si on lui a expliqué qu’on serait de retour dans cinq minutes. Qu’à cela ne tienne, elle ne se souviendra peut-être pas de nous d’ici là.

21h00
De retour au logis après les courses, nous rencontrons la famille. Juan a 45 ans. Peau mate, cheveux noir corbeau, short effiloché et Crocs fluos aux pieds. Son sourire laisse entrevoir une dentition particulièrement détruite. Sa copine Nati a 23 ans et est en fort surpoids. Le fils de Juan est à peine plus jeune qu’elle, il a un enfant lui aussi et il est adepte de “selfies salle de bain” et des grosses bécanes tunées d’après son profil Facebook que Juan nous montre avec fierté. Tout le monde s’engouffre des hots dogs et engloutit des verres de soda gigantesques.

Juan pose quelques questions à Nico. Mais comme Juan parle avec un fort accent et qu’il n’articule absolument pas, il est très difficile de le comprendre. Je réponds à la place de Nico une ou deux fois mais je me rends vite compte que Juan ne me prête aucune attention. Ce n’est pas la première fois que nous sommes dans ce genre de situation en Argentine : face à nous deux, les hommes s’adressent exclusivement à Nico, comme si j’étais une plante verte.

Je décide de ne pas m’offusquer : puisque le mec a visiblement un pois chiche dans le cerveau, je ne perds pas grand chose. Plus tard, Juan s’adressera à son fils en me désignant d’un mouvement de tête : “eh, tu crois qu’elle est muette celle-là ?”. Sans commentaire.

Nico de son côté n’est pas mieux loti car Juan se moque de lui à plusieurs reprises parce qu’il ne le comprend pas, et ce en prenant toute l’assemblée à parti. Sa copine, très gentille, tente de lui expliquer que Nico est étranger et qu’il pourrait faire l’effort de parler plus lentement. Il s’exécute, goguenard, en exagérant à l’extrême la lenteur de sa diction : “EEETTTT… LAAAAA…. TUUUUUU… COOOOM… PRENDS…. MIEUUUUUX ?”

Comme on peut l’imaginer, Nico est ravi de se faire prendre pour un débile par un mec qui a la moitié de son QI. Juan, lui, est très fier de sa blague qu’il réitérera plusieurs fois.

Martín, de son côté, est bien loin de tout cela. Le jeune homme est possédé par le match qui se déroule devant ses yeux brillants. Son équipe, Rosario Central, est d’abord menée 1-0 par River Plate, l’équipe de Buenos Aires. Puis Central arrive à égaliser et reprendre l’avantage : 2-1.
À chaque but pour son camp, Martín hurle, se lève, et court embrasser chaque personne présente dans la pièce. Son enthousiasme authentique fait plaisir à voir.

Malheureusement, River reprend l’avantage en deuxième mi-temps pour finalement l’emporter (4-3). Martín est totalement accablé. Prostré sur sa chaise, il fixe d’un oeil vide l’écran diffusant des images des joueurs ennemis remportant la coupe.

Sans aucune compassion, Nadine, Juan et son fils se moquent allègrement du pauvre Martín. Ils lui proposent des mouchoirs pour pleurer, une consultation psy, bref, on vous passe la méchanceté gratuite.

 

Chapitre 6 : pétage de plomb à la pelle

Ce chapitre est raconté par Nico, qui en est le personnage principal.

On avait pour mission de désherber l’entrée de la propriété de Nadine. On s’attelle à la tâche avec Ambre et Martín à l’aide d’une machette, d’un balai à gazon et d’une pelle.

Armé de la machette...
Armé de la machette…

Deux heures plus tard, l’entrée est resplendissante et nous retournons à l’intérieur.

Puis la Folle se met à jardiner et a besoin de la pelle. Pelle qu’elle ne trouve pas. Impossible de mettre la main dessus. J’annonce l’avoir utilisée le matin même et pars à sa recherche. Impossible de la trouver. On a du mal à se souvenir si on l’a rangée dans l’atelier ou pas. La Folle s’énerve et me dit qu’à tous les coups je l’ai oublié au bord de la piste, que quelqu’un l’a vue en passant et l’a volée. Elle est fumasse et nous en veut à mort, car il ne s’agit pas d’un simple jouet, non non c’est une pelle à 2000 pesos ! Soit 125 euros !!!!! CENT VINGT CINQ EUROS !!! UNE PELLE QUOI !

En plus ce n’est pas la sienne et on la lui a prêtée. Je la laisse monter en pression et me dit qu’on va vivre un moment intense… Après ¾ d’heure de recherches sans succès nous imaginons tout type de scénario, y compris celui où Nadine aurait elle-même caché la pelle pour nous soutirer l’argent nécessaire pour en racheter une, puis nous aurait assené un gros coup derrière la tête avec la nouvelle pelle afin de nous apprendre à ne pas laisser traîner ses affaires.

Martín nous sort de nos rêveries et annonce avec son flegme habituel : « je pense que c’est juste Ricardo, le propriétaire de la pelle, qui l’a récupérée. Je l’ai vu passer deux fois devant la maison ce matin… »

J’invite donc la Folle, que dis-je « la Grande malade défragmentée des neurones », à appeler ce brave Ricardo pour vérifier la théorie. Pour rappel on parle bien de récupérer une pelle hein, une pelle. Mais c’est pelle perdue!!!! LOL! Désolé…
Donc la situation est très grave, nous sommes au bord du cataclysme, je prends donc des pincettes pour lui suggérer de passer le coup de fil. Et là, attention les yeux et les oreilles, messieurs-dames, la Folledingue s’embrase : « tu sais quoi Nicolas, oui on va appeler Ricardo. Mais moi j’ai la honte. Et j’ai la colère. Je vous prête du matériel et vous ne savez même pas ce que vous en faites. Je vous accueille chez moi, vous fais à manger… et vous vous perdez une pelle à 2000 pesos !!! Moi j’appelle ça un manque de respect. UN MANQUE DE RESPECT COMPLET !!!! ALORS OUI ON VA APPELER RICARDO MAIS J’AI LA HONTE. ET J’AI LA COLÈRE !!!!! »

Les pensées se bousculent dans ma tête : « OK vieille chouette, on a bien compris que tu étais vénère, mais t’enflammes pas c’est qu’une pelle. Ça va franchement pas dans ta p’tite tête… Le p’tit singe qu’il y a entre tes deux oreilles a dû arrêter de pédaler !? Mon Dieu on appelle les secours tes deux seules neurones encore épargnées par l’alcool et la clope sont en train de griller… »

singe timbales simpson
Ding ding ding ding…

Pendant que ma colère bouillonne, Martín attrape le téléphone et appelle le propriétaire de la pelle. Suspense insoutenable. Il raccroche au bout de 40 secondes, soulagé. Ricardo lui a dit de ne pas s’inquiéter, c’est bien lui qui était venu récupérer son bien (qu’on avait en fait bien rangé dans l’atelier). Le type est quand même venu se servir tout seul, sans prévenir, sans laisser un mot, peinard ! Mais au moins on savait où était la pelle ! On a donc tourné les talons et on est retournés à nos occupations. Laissant la Folle dans sa folie consternante. Jamais elle ne se sera excusée.

Nico avec la pelle
Avec la fameuse pelle !
Chapitre 7 : la goutte d’eau qui fait déborder la cruche

Un soir, nous nous mettons à table avec appétit. Il faut dire que nous avions passé la journée à couper du bois pour Nadine, et nous étions affamés. Elle cuisinait bien la bougre, il faut le reconnaître. Et le vin rouge coulait à flot.

Alors qu’elle en est à son sixième verre, la Folle commence un monologue dont elle a le secret.

Et là, je vous annonce qu’on a du lourd.

Mais quand je dis du lourd, c’est qu’on a un dossier comparable à un parpaing géant lesté d’une ancre de paquebot. Un festival d’âneries prétentieuses. Du cas soc’ niveau 8000. Du pain béni pour Confessions Intimes.

Attachez vos ceintures, et en route pour les montagnes russes de la crétinerie.

Maîtresse Nadine sur sa planète perchée, tenait en son bec une cigarette. Ambre et Nico par l’odeur révulsés, durent subir la logorrhée de la bête.

“Non mais MOI, je suis quelqu’un d’entier. Dans la vie, y a pas de demi-mesure. C’est noir ou c’est blanc, point. Quand je pose une question, tu réponds oui ou tu réponds non, si tu n’y arrives pas, tu n’es qu’un lâche et je n’ai aucun respect pour toi. C’est simple.
(…)
De toutes façons, les gens de nos jours, ils n’ont plus de couilles. Moi, je dis ce que je pense. Si un mec te dit : “cette bouteille est pleine” (elle désigne la bouteille vidée par ses soins), eh bien je suis sûre que des tas de crétins vont dire “oui, c’est vrai, elle est pleine”. Eh bien, moi, je te le dis tout net, je n’y crois pas. Elle est vide cette bouteille. Et je ne vais pas me priver de le dire.
(…)
Tu vois, Christophe Colomb a prouvé que la Terre était plate. Mais personne ne voulait le croire. Mais lui, il a continué dans son idée. Il avait son intuition, et moi je suis quelqu’un d’extrêmement sensible, je crois en la réincarnation, et je crois aux intuitions. Du coup, le mec, il savait au fond de son coeur, que la planète, elle n’était pas ronde. Heu… non, qu’elle n’était pas plate, enfin que ce n’était pas un disque, en fait, heu… tu vois quoi ! Alors que personne ne le croyait ! Les couilles du mec !
(…)
Mais de toutes façons, il faut prendre ses responsabilités. Si une femme se fait violer dans le métro, c’est la faute du violeur ou c’est la faute des dix personnes dans la rame qui n’ont rien dit ? Hein ? Hein ?!!!!?
(…)
Hé puis Hitler, hein, c’est pareil. Il a voulu tuer tous les juifs, hein, mais on l’a laissé faire. Ils étaient combien de milliers d’Allemands à le suivre ce connard ? Un seul mec ! Et les autres ont rien dit !”

Point Godwin atteint, terminé bonsoir. Ambre et Nico prennent discrètement congé car le fou rire n’est pas loin d’exploser. Ah, non, on me dit dans l’oreillette que la Timbrée de service n’a pas fini son analyse clairvoyante.

“Attendez attendez, je voudrais vous parler de quelque chose à propos de votre séjour ici. Sans animosité, il y a un petit souci. J’ai constaté que vous buviez 4 litres d’eau par jour. Et ça, moi, je ne peux pas.
Une bouteille d’eau c’est 20 pesos. Je n’ai pas les moyens de payer 80 pesos d’eau par jour. Si vous voulez boire 4 litres d’eau par jour, c’est votre plaisir. C’est votre plaisir, je ne veux pas vous changer, mais sachez que si vous souhaitez boire autant, je ne couvrirai pas cette dépense« .

On hallucine. La nana fume 2 paquets par jour, on s’enquille 2 à 3 bouteilles de rouge à chaque dîner, et elle panique pour quelques bouteilles d’eau au prix exorbitant de 1,20€ la bouteille !!! Surtout qu’on accomplit du travail physique en plein cagnard, donc clairement, non, ce n’est pas un “plaisir” de boire pour survivre. Le choc… Où on est tombés ? Qui est cette cinglée sans cerveau, bon sens ni logique ?

Le speech dure quinze bonnes minutes, pour la simple et bonne raison que la Foldingue répète ses phrases à l’infini devant nos yeux ébahis.

À l’issue de cet entretien de l’espace, nous prenons la décision de fuir le plus vite possible.

Patagonie Argentine
Pourtant c’était pas vilain…
Chapitre 8 : l’heure de mettre les voiles

Ceux qui ont suivi mon ancien  blog verront sûrement un parallèle entre mon abominable expérience à Baralaba et celle-ci non moins désastreuse à Valcheta. En toile de fond : un village paumé, des habitants débiles, une patronne alcoolique, agressive et folle à lier. Je crois que je les attire !

Tout comme à Baralaba, j’ai vite compris qu’il fallait que je me sorte de cet enfer. Et j’ai aussi eu peur de la réaction de ma tortionnaire. Heureusement, cette fois, Nico s’est chargé de la lourde tâche d’annoncer notre départ à la Folle.

Difficile d’en placer une avec quelqu’un d’aussi imbus de sa personne, qui jacasse aisément sans interruption pendant une heure, en se répétant trois fois mot pour mot. Toujours est-il que Nico a réussi à glisser à Nadine que nous souhaitions profiter de son trajet en voiture du lundi pour gagner le centre ville. De là, nous pourrions faire du stop en espérant fuir cet enfer rallier le sud du pays. La Folle ne le prend pas mal, nous prodigue des conseils sur l’autostop et nous donne même une carte. Parfait !

 

Chapitre 9 : dernière soirée

Le lendemain, la Folle semble avoir dessaoulé et pris soudainement conscience de notre départ imminent. Elle nous en veut car elle n’avait pas du tout compris qu’on allait partir si tôt. Ce n’est pas faute d’en avoir parlé pendant un quart d’heure la veille. Elle lance une pique à Nico d’un air malveillant : « c’est quand même dommage de ne pas savoir communiquer quand on est journaliste… »
Tant pis pour l’ambiance, il ne nous reste qu’une journée à tirer. Le soir, la Folle a organisé un dîner avec Sole (la propriétaire de la boucherie que nous avions rencontré le premier jour), son mari Abel et sa mère.
Ils sont tous les trois adorables et on passe un super moment en s’appliquant à ignorer les inepties avinées de la Folle. Abel, 73 ans, nous fait mourir de rire en causant prostate et sexualité (tout cela devant sa belle mère nonagénaire qui ne s’offusque pas le moins du monde). Il nous fait goûter de délicieux vins de sa composition. La Folle sent que la soirée n’est pas à son avantage, alors elle lance à qui veut l’entendre : « Vous ne savez pas quoi ? Ces deux là s’en vont demain et c’est seulement maintenant que je l’apprends ! »
Abel et Sole ne prêtent pas attention à son sarcasme et nous demandent gentiment où l’on compte aller. Ils se proposent même de nous avancer un peu car ils ont un trajet à faire le lendemain. Alors que nos yeux s’illuminent, la Folle glapit : « ah non non mais il faut les laisser se débrouiller tous seuls ! » Vieille bique.

Nico et Martín au coeur de la Patagonie
Nico et Martín au coeur de la Patagonie
Chapitre 10 : Adieu et à jamais

Le lendemain matin, nous nous levons stressés. Nous avons besoin de la Folle pour nous emmener à l’entrée du village. On sait qu’elle ne compte pas se presser puisqu’elle l’avait bien fait comprendre la veille au dîner « ah mais moi je partirai au village quand je partirai, personne ne me commande ! » et nous on sait que plus on part tard, moins on a de chances de se faire prendre en stop.

On est en train d’avaler un petit dej sommaire lorsque la Folle déboule, un sourire féroce aux lèvres, et un sachet de pain congelé à la main. Elle aboie : « Ah vous ne mangez pas de pain ce matin ! Comme c’est étrange ! C’est peut-être parce que les autres jours vous avez mangé tous les meilleurs morceaux et qu’il ne reste que les croûtons ! » Elle balance le sachet sur la table. « Alors on fait quoi avec ça hein ? Moi ça je le donne à mon chien ! C’est inadmissible ! »

On a envie de lui en mettre plein la gueule mais beaucoup moins envie de parcourir les 15 km qui nous séparent du village avec nos sacs de 20 kg sur le dos.

« J’espère que vous avez passé une bonne semaine de vacances chez moi ! Nourris logés pour fournir aussi peu de travail, moi j’appelle ça des vacances ! Et j’ai remarqué que vous êtes tellement individualistes, jamais une fois vous ne m’avez proposé de la nourriture quand vous faisiez votre repas de midi !  »

La Foldingue oublie ici que c’est elle qui était sensée nous nourrir et non l’inverse, quand bien même on lui a proposé plusieurs fois de se joindre à nous et elle a toujours refusé. Mauvaise foi quand tu nous tiens.

« De toutes façons il était impossible de discuter avec vous. Vous êtes tous les deux en osmose, c’est super, eh bien je peux vous dire quelque chose. Je vous félicite. Parce que la meilleure décision que vous ayez jamais prise à été de partir. »

Ah tiens pour une fois on est d’accord !!

Avec Martín
Avec l’ami Martín

Sur quoi elle part s’enfermer dans sa chambre. On ne sait pas s’il faut qu’on commence à faire la route à pied. On attend un bon moment avec Martín, qui est désolé pour nous. Puis, miracle, la Folle se met en direction de la voiture. On saute dedans et c’est parti pour un trajet sous haute tension. Nul besoin de préciser que les adieux furent glaciaux. Mais une fois la Folle hors de vue, quel soulagement extrême !!
On lève donc le pouce, et pas plus de cinq minutes s’écoulent avant qu’une voiture ne s’arrête. C’est celle d’Abel et Sole, gros coup de bol ! C’est donc dans un pick-up spacieux et climatisé que se termine notre calvaire, et que démarre notre aventure en stop. Aventure qui durera deux jours et se terminera à Ushuaia, on vous en dit plus dans le prochain article

Comme vous vous en doutez, cette semaine à Valcheta a été notre pire expérience Workaway. Mais nous en retirons une belle amitié avec Martín, un mec un or que nous espérons retrouver sur la route.

 

En bonus : la vidéo de la tonte de Martín par Nico !

10 Comments

  1. Oh…my…god…. Vous êtes bien patients!!!! Le truc de fou! XD
    Au moins…peut être que…vous ne pourrez pas faire pire!!! 😀
    Bonne route! gros bisous!
    Elo

  2. Ahahah ben j’irais jamais chez Nadine ! Dans sa vidéo de presentation on dirait pas qu’elle a un pet au casque ! Trop fort !

  3. Hahahaha génial l’article, j’ai rigolé quasi tout le long de la lecture ! Même si à vivre ça n’a pas dû être drôle (ouah je crois que c’est la première fois que j’enchaîne autant de mots avec un accent circonflexe) pour vous, ça crée quand même de bons souvenirs une fois le choc passé !
    Par contre je me suis fait avoir avec les carcasses de viande. J’ai vu la photo avant l’avertissement de la légende :-/ N’oubliez pas qu’il y a des enfants qui vous lisent 😉 😀

    1. Ma pauvre Stef je suis navrée de t’avoir choquée avec la carcasse ! Merci pour ton commentaire avec tous ces accents circonflexes 😉 C’est vrai que sur le coup on ne faisait pas les fiers mais maintenant on en rigole. Frutillar c’était le top du top à côté !

  4. Bon j’avais déjà lu l’article une fois… et puis Amber m’avait déjà raconté pas mal de choses… mais on est proche du chef d’oeuvre. Cette bonne femme était folle à lier… vous devez parfois regretter de pas avoir pu répondre à ses inepties. Ou de ne pas avoir ou filmer ses monologues en caméra cachée, il y avait de quoi buzzer !!! Bisous 😘 !!

    1. Eh bien saches qu’on a effectivement filmé certains de ses monologues en caméra cachée ! c’était trop tentant ^^ je te ferai écouter à l’occasion :p

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