En route pour Ushuaïa : 2000 km avec un inconnu !

Avec Raul en stop

Après une semaine passée à Valcheta, petite bourgade du Rio Negro située à une heure de Las Grutas, nous prenions nos sacs direction le Sud de la Patagonie. C’est le coeur gros que nous quittions notre compagnon d’infortune, Martín, un Argentin adorable. Le profil du sud-américain que je m’imaginais. Bon vivant, grande gueule qui parle fort et qui aime la bonne chère et la bière bien fraîche. Le même genre de type qui se distingue par sa gentillesse, son sens du partage sans pareil, et une générosité extraordinaire. Généreux dans l’effort, dans l’humour, dans l’énergie, avec un sourire communicatif… Le genre de type qui vous fait passer une expérience de Workaway absolument catastrophique à une semaine riche en émotions, avec une rencontre incroyable. C’est lui, ce même Martín, qui nous a donné les tuyaux pour réussir à faire du stop dans son immense pays : l’Argentine.

Ambre et Nico font du stop jusqu'à Ushuaia

Pouce en l’air

Forts de ses conseils, nous nous postons au bord de la route. À peine 20 minutes plus tard, une voiture s’arrête. Pick up flambant neuf, idéal pour stocker d’encombrants sacs à dos ! Le confort ne s’arrête pas là, puisque nous avons voyagé avec la clim’ s’il vous plaît ! Un luxe quand il fait 30°C dehors et un soleil de plomb.
70 km plus tard, Abel et Sole nous déposent à une station service, non sans aviser un des employés pour qu’il nous aide à trouver une voiture pour rejoindre le Sud. Encore une attention très touchante. Dès lors, il n’y a plus qu’à attendre sagement, le pouce en l’air. L’objectif, rejoindre Rio Gallegos, pour mieux se diriger vers Torres del Paine au Chili. Une jolie pancarte originale dessinée au marqueur, quelques litres d’eau avalés sous le soleil, 40 camions de passés et trois heures trente plus tard, nous sommes près de désespérer. Quand soudain, une voiture daigne enfin s’arrêter. La délivrance !

 

Changement de plan

Étant donné l’heure avancée de la journée (15h30), j’indique à notre bon samaritain notre objectif du jour : Puerto Madryn, soit à deux heures de route environ. Effectivement, en stop il nous avait été conseillé de s’arrêter vers 17h dans la première ville rencontrée afin d’avoir le temps de trouver une auberge pour dormir. Mais la réponse de notre chauffeur fut pour le moins surprenante : “moi je vais jusqu’à Ushuaïa, alors c’est comme vous voulez…”. Forts de cette information non sans intérêt, nous finissons de remplir le coffre de nos immenses sacs à dos et montons dans l’auto, direction Ushuaïa !

Patagonie Argentine route nuages

Rencontre avec Raul

José Raul Basel, 57 ans, est argentin. Il est comptable, originaire de Córdoba, et réside à Ushuaïa depuis 35 ans. “Raul” n’a plus un cheveu sur le caillou, porte une chemise blanche avec un col brodé façon tissu péruvien, et une chevalière ostentatoire. La première idée qui vous traverse l’esprit, enfin me concernant, c’est : “ce mec est il fiable ?!”. 2082 km plus tard, la réponse est définitivement oui ! Dès les premières minutes de voyage ensemble, Raul nous a mis à l’aise. C’est un homme cultivé, calme, qui aime partager son savoir, et pour les néophytes de l’Argentine que nous sommes, c’était une mine d’or. Si j’avais dû payer pour chaque question posée pendant le trajet, cela m’aurait couté moins cher de prendre l’avion ! C’est une certitude. Histoire de Córdoba, évolution d’Ushuaïa, la mentalité en Argentine, la faune et la flore, l’histoire tumultueuse entre Argentine et Chili, le conflit avec les Britanniques et le brûlant problème des îles Malouines… Autant de sujets sur lesquels Raul était loquace. Une belle rencontre, enrichissante. Un des meilleurs souvenirs restera sans doute celui du maté. Au delà du simple partage, il nous a littéralement expliqué l’art de préparer le fameux breuvage tout en conduisant. Et socialement, c’est un enjeu très important en Argentine !

Avec Raul en stop

« Dans 1452 km, tournez à droite »

Cette route nationale 3 est des plus ennuyeuses. D’interminables lignes droites, puis une courbe suivie par une autre ligne droite sans fin… De la steppe à perte de vue. Par chance, quelques groupes de guanacos viennent nous divertir de temps à autre. Plus occasionnellement des nandous, de petites autruches locales. Quelques tatous se risquent aussi sur la route où, il faut bien le dire, les Argentins s’en donnent à coeur joie. En leur demandant la limite de vitesse, ils vous diront “oh c’est 130 km/h”. En réalité les panneaux indiquent 110 km/h. Mais sur le tableau de bord, c’est plutôt sur le 160 que se pose l’aiguille ! Ils roulent vite, très vite, et ce n’est évidemment pas sans risque, d’autant plus quand on sait que les guanacos et nandous se font un malin plaisir d’errer aux abords des routes, alors qu’ils ont des milliers et des milliers d’hectares de steppes pour s’amuser.

Les animaux sauvages et leur comportement imprévisible ajoutés aux longues et interminables lignes droites favorisant l’endormissement donnent un taux d’accident important.

Guanaco Patagonie

Auto-tamponneuses

Non content de nous emmener dans sa voiture, Raul nous propose de partager une chambre d’hôtel le soir venu. Vers 23 heures nous arrivons à Comodoro-Rivadavia, riche ville bâtie grâce à l’industrie pétrolière. Une pizza plus tard, dodo. Debout à 5h45. Une douche et c’est reparti. Raul nous offre le petit déj’ dans une station service. Tellement gentil ! And on the road again… Caleta Olivia, Puerto San Julian, Rio Gallegos… Et une heure plus tard, enfin, la frontière. Il faut savoir que pour arriver à Ushuaïa, on passe par le Chili avant de retourner en Argentine. Encore une fois, Raul se charge de tout, il nous dit juste de le suivre et s’occupe des formalités. Un tampon sur le passeport et nous remontons en voiture. Quinze minutes et une mauvaise route en terre plus tard et nous arrivons à la frontière chilienne. Un autre tampon et hop, en voiture Simone. Raul peste contre les formalités administratives et remonte en voiture, reprochant par la même les limitations de vitesse contraignantes au Chili. 100km/h pour un Argentin, c’est vrai que c’est peu. Une heure plus tard, il était temps de prendre le ferry. En 20 minutes, nous étions de l’autre côté. Au terme de quelques 50 km de route de graviers balayés en une demi-heure à raison d’une vitesse de croisière de 100km/h, nous reprenons une route normale. Nouveau poste frontière. Tampon de sortie du territoire chilien. Puis quelques kilomètres plus loin, c’est la police fédérale argentine qui nous gratifie d’un tampon d’entrée sur son territoire. Fastidieux…

Ushuaia ferry

Sans crevaison, ce n’est pas drôle

Mais Raul s’impatiente. Sans grande surprise, arrivés à Rio Grande, un des pneus fait grise mine. Le compresseur n’y fera rien. Direction une « gomeria », magasin de pneus. A 21 heures, deux hommes sont encore à pied d’oeuvre. Surprenant pour nous Français, mais sur place, tout paraît normal. Le pneu étant sérieusement endommagé, c’est finalement la roue de secours bien regonflée qui nous sauvera.
Raul s’excuse du retard pris par cette crevaison ! L’amabilité de ces sud-américains est décidément sans égale !  La dernière heure de route est assez féérique, entre le coucher de soleil sur la côte de Rio Grande, puis Tolhuin et enfin le sublime lac Fagnano aux dernières lueurs du jour…
Nous arrivons à 23h30 à Ushuaïa, il fait froid, nuit noire, et il pleut. Raul nous dépose en plein centre, devant notre auberge de jeunesse (qu’il nous avait trouvée!). Lorsque nous lui demandons ce qui l’a poussé à nous prendre en stop, Raul répond : « moi aussi j’ai été jeune et j’ai pu compter sur des personnes pour m’aider. C’est une manière de rendre la pareille ». Nous promettons donc solennellement de faire la même chose d’ici quelques années !

Nous venons de vivre une très grande épopée. 2082 km et 30 heures de route. Un immense merci Monsieur Raul Basel.     

 

Et pour finir, une petite vidéo de notre périple avec Raul !
(Activez les sous-titres pour découvrir son message à notre intention)

2 Comments

  1. Il a la classe Raul. Trop fort d’être si bien tombé. Comme quoi le karma 😉 la routourne à finit par routourner comme dirait mon ami Ribery !
    Et très chouette vidéo ! Merci de nous faire partager ça !

    1. Ouii on a eu vraiment beaucoup de chance il était adorable ! et il reste encore en contact avec nous plusieurs mois plus tard, il nous demande où on en est etc… Il nous fallait au moins ça pour nous remettre de la rencontre avec la folle !

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