La tsarine : rencontre avec un véritable tyran

cersei

Autant le dire tout de suite, ça me fait un peu mal de consacrer un article entier à quelqu’un que je déteste, mais on a peu souvent l’occasion de rencontrer des personnes comme celle que je m’apprête à vous dépeindre (et heureusement). Et puis, tout le monde aime les histoires de méchants pas vrai ? D’ailleurs comme je ne peux évidemment pas utiliser de photos de ma Nemesis, j’illustrerai cet article avec des méchants de la culture populaire.

L’héroïne de cette histoire est une jeune fille russe de 25 ans au visage poupin, aux yeux bleus et cheveux blonds bouclés. On lui donnerait le bon dieu sans confession. Mais sous cette apparence angélique, se cache un véritable démon.

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« Tremblez, misérables cloportes »

La rencontre

Nous faisons la connaissance de Yennie dès notre arrivée dans la cabane que se partagent les volontaires.
Il y a huit personnes dans la pièce mais on n’entend qu’elle. On apprend rapidement tout de son parcours depuis qu’elle a débarqué en Amérique du Sud il y a deux ans et demi, elle nous diffuse ses vidéos de voyage, puis elle commence à jouer de la guitare et chanter. On essaie alors de faire connaissance avec les autres volontaires, mais c’est peine perdue car Yennie chante de plus en plus fort, et plus on hausse la voix pour tenter de communiquer plus elle fait chauffer ses cordes vocales. Alors qu’elle doit faire une pause sous peine de finir aphone, on saute sur l’occasion pour discuter en français avec une compatriote nommée Stéphanie, et notre étoile montante Russe n’apprécie que très peu de perdre son public. On peut dire qu’elle nous a tout de suite pris en grippe.

« Vous ne savez pas à qui vous avez affaire les Frenchies »

Le Bauernfest

Notre joyeuse petite équipe de volontaires avait pour mission d’organiser un festival de culture germano-chilienne. En l’absence de notre hôte Ricardo, c’est sans difficulté aucune que Yennie s’est autoproclamée chef. Désormais esclaves de celle que nous avons fini par rebaptiser la Tsarine, nous avons récuré chaque recoin de la zone d’accueil des festivaliers pendant que celle-ci construisait SON BAR. Car la Tsarine avait décidé qu’elle serait la seule habilitée à s’approcher du bar, ayant -selon elle- beaucoup plus d’expérience en service que nous autres pauvres pouilleux.
Si au départ quelques courageux ont fait l’erreur de lui proposer de l’aide pour la construction du bar, ils ont bien vite battu en retraite devant l’autoritarisme de la bête et c’est non sans une immense fierté que la Tsarine a fini par inaugurer SON BAR, braillant à tue-tête son bonheur d’avoir créé quelque chose d’aussi beau en partant de rien.

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« Je suis la meilleure, personne ne m’arrive à la cheville »

Je dois avouer que j’étais tout à fait impressionnée, non pas par le fait qu’elle ait réussi à clouer deux planches de bois en trois jours, mais parce qu’elle a brassé tellement d’air dans la procédure qu’elle a vraiment réussi à s’auto-persuader d’avoir abattu une montagne de travail. Pendant ces trois jours, nous autres simples mortels avons travaillé sans relâche pour organiser absolument tout le reste, et notre animosité face à la divinité slave n’a fait que grandir.

La veille du festival, c’est donc dans une ambiance tendue que nous nous occupons de déplacer plusieurs éléments de cuisine très lourds, une tâche moins ludique qui évidemment enthousiasmait moins la Tsarine. Après nous avoir observés bras ballants pendant quelques minutes, celle-ci s’exclame : « bon moi j’y vais, vous vous débrouillez très bien sans moi. »
C’était sans compter sur Stef, excédée, qui lui demande gentiment de participer à l’effort collectif. Avec un regard assassin, la Russie s’exécute de mauvaise grâce.

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« Vous brûlerez tous en enfer bande de moules »

Cinq minutes plus tard, notre apprentie-Poutine préférée commence à gémir très fort, se plie en deux, puis s’écroule au sol avant d’éclater en sanglots, littéralement folle de rage. Elle hurle :  « Vous m’avez forcé à porter des trucs alors que je ne peux pas, j’ai affreusement mal au dos maintenant ! Et c’est à cause de vous !!! »

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« Je suis à l’article de la mort et c’est ta faute !!! »

Alors que tout le monde accourt près d’elle, elle se tord de douleur au sol, mais refuse toute aide, pas même qu’on lui appelle une ambulance. Monica, qui passe par là et ne porte visiblement pas la Tsarine dans son cœur, s’éloigne en haussant les épaules : « Bah, si elle dit qu’elle n’a besoin de rien… »

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« P*tain de nom de Dieu!! »

Après plusieurs minutes de crise intense, Facundo est appelé en renfort et réussit tant bien que mal à raisonner sa chère et tendre.  Nous observons incrédules leur lente et bruyante procession jusqu’à leur chambre, bruyante à cause des hurlements stridents bien entendu.
Les représailles du Kremlin faisaient craindre le pire à chacun, même s’il était évident que personne ne l’avait forcée à faire quoi que ce soit… Une heure plus tard, la Tsarine sortit de sa torpeur, ou tout du moins de son lit, le visage apaisé et un large sourire s’étirant d’une oreille à l’autre. On en croyait à peine nos yeux. « Je me sens tellement bien les gars. Bénis soient les anti-douleurs ! Oulala… Je suis trop bien ». C’est donc sans douleur et à coup de bouillottes bien chaudes que prit fin la Guerre Froide, mais on avait compris une chose, c’est que tant que ce démon restait sur le devant de la scène, elle se sentait vivre. L’étoile avait besoin d’être en pleine lumière, il ne saurait en être autrement. La Tsarine avait fait fort, et le monde savait désormais à qui il avait à faire.

Pas plus tard que le lendemain, la Superpuissance remettait le couvert dans un festival d’autoritarisme dont elle seule avait le secret.

Vladimir Poutine
« Ma vengeance sera terrible »

Touche pas à mon bar

Quelques petites anecdotes en vrac concernant le bar de la Tsarine.

#1

Alors qu’une nouvelle volontaire, barmaid de profession devait débarquer le jour même, la Tsarine est allée s’assurer auprès de Ricardo que son précieux bébé serait sain et sauf. « Mais la nouvelle, elle ne fait pas le bar hein ? Le bar, c’est moi ! Elle fera tout sauf le bar. »

#2

Malgré sa propension à se prendre pour une déesse, la Tsarine avait quand même des besoins naturels humains l’empêchant de rester vissée à SON BAR h24 durant les trois jours de Bauernfest. C’est ainsi qu’une remplaçante lui a été attribuée, le job de la pauvre malheureuse consistant à faire joli à côté de la Tsarine toute la journée, puis à garder le bar telle Cerbère devant la porte des enfers une fois le dictateur parti soulager sa vessie. C’est durant un de ces moments de grâce que j’ai innocemment décidé d’aller demander une bière à Anastasia. Elle a alors écarquillé des yeux alarmés : « Mais… Yennie m’a dit que je n’avais pas le droit de servir !! »

#3

Enfin, la Tsarine a été confrontée à un choix cornélien un jour où les festivaliers étaient aux abonnés absents. Fallait-il qu’elle aille distribuer des bières sur la plage afin de rameuter du monde, auquel cas SON BAR serait laissé sans surveillance ? Mais si elle restait, était il bien prudent de laisser un autre volontaire, forcément incapable, assumer la lourde tâche de la promotion ? Elle a fini par décider de poster un allié au bar afin de se rendre sur la plage. Car avec l’arrivée de deux volontaires ukrainiens acquis à la cause de la Tsarine, une véritable guerre froide s’était engagée entre l’ex-URSS et le reste du monde. Artem était donc le Cerbère du jour, jusqu’à ce que Nico propose de le remplacer. En apprenant qu’un ennemi s’était permis de toucher à son précieux bar, la Tsarine était effarée ! « Mais je n’ai pas expliqué à Nicolas comment servir des bières, il doit être en train de faire n’importe quoi !! Je dois rentrer au plus vite !!! »

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« Je suis entouré d’idiots. »

La propina gate

Pendant le festival notre dictatrice préférée avait mis en place un pot à pourboires. Un petit mot précisait que les bénéfices seraient reversés à une équipe de volontaires venant de Russie, Ukraine, France, Argentine, Australie, etc…

Mais bizarrement, à la fin de chaque journée, l’argent du pot disparaissait dans la poche de la Tsarine. Allions-nous en voir la couleur ? Rien n’était moins sûr…

À l’issue du festival la Tsarine a eu le culot de venir faire la quête auprès de nous pour acheter des vivres afin d’organiser une petite fête entre volontaires. Nico a sauté sur l’occasion pour suggérer que les pourboires soient utilisés à cet effet. Nous avions tous travaillé à des postes différents (caisse, service, débarassage, promotion…) et la cinquantaine d’euros gagnés en pourboire pourraient servir à acheter nourriture et boissons pour tout le monde.

C’est alors que s’est déroulée sous nos yeux ébahis une scène tragi-comique en trois actes, avec dans le rôle principal : la star parmi les stars, le nombril du monde, l’élue, bon vous avez deviné à qui je fais référence.

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« On parle de moi ? Bien sûr qu’on parle de moi ! »

Acte 1 : la surprise
La main tendue de la Tsarine retombe mollement le long de son corps. Elle se redresse lentement, ses sourcils bondissent au sommet de son front. Ses yeux s’ouvrent grands comme des soucoupes. Sa mâchoire se décroche. Un sifflement s’échappe de ses lèvres : « …COMMENT ?? »

« Quel affront ! »

Acte 2 : le déni
Ses sourcils se froncent et elle esquisse une moue mi-féroce, mi-amusée. Elle se fout ouvertement de notre gueule. « Vous ne pensiez quand même pas qu’on allait partager les pourboires ? Il n’y a QUE MOI qui ai travaillé ! J’étais au bar sans arrêt ! Les pourboires, c’est pour la barmaid enfin ! »

« Vous êtes tout à fait hilarants, vous les grenouilles »

Entracte : les spectateurs ahuris, à savoir Nico, Stef et moi tentons de défendre notre bifteck. C’est peine perdue car le troisième et dernier acte s’annonce.

Acte final : la colère
Le visage de la Tsarine s’empourpre. Ses yeux lancent des éclairs. Sa bouche est tordue dans un vilain rictus. Mais comme elle n’a pas d’arguments, elle se contente de signifier sa stupéfaction face à notre insoumission. Elle répéte un seul mot, prononcé avec une haine infinie : « Whaou. Whaou. WHAOU. »

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« Je vais vous écrabouiller un par un bande de vers de terre »

Blessée dans son orgueil, la Tsarine jette des oeillades à la ronde en quête de soutien. Il n’y en a pas.
La coalition française se mure dans un silence boudeur. C’est fini. Nous avons perdu la bataille des pourboires.
Mais la guerre est déclarée.

 

La Tsarine VS les insoumis : revanche finale

Durant la fête, la Tsarine se comporte comme à son habitude, à savoir avec une mégalomanie à faire rougir Kanye West. Dès que les regards ne sont pas dirigés vers elle, elle hurle, danse, chante, lance un jeu qu’elle seule connaît mais auquel tout le monde est forcé de jouer sous peine de représailles.  Alors qu’elle est trop occupée à admirer son auguste nombril, nous rassemblons discrètement des recrues pour former la résistance et allons faire une contre-soirée sous les étoiles. Non sans surprise, nous ne sommes pas les seuls à ne plus supporter l’attitude de la dictatrice. Lorsqu’elle se rend compte de notre mutinerie, la Tsarine vient nous chercher pour nous ramener dans son fief car elle s’ennuie, mais insoumis nous sommes et insoumis nous resterons. Elle finit par s’engueuler avec son mec qui a eu le culot de nous rejoindre, puis va se coucher avec perte et fracas. Victoire des grenouilles.

voldemort
La fin du règne de la terreur.

Épilogue

La Tsarine termina son règne dans l’indifférence la plus totale. Enfermée dans la cabane, elle ne prit même plus part aux repas en commun. C’est donc dans une ambiance détendue, savourant notre victoire, que nous avons passé nos dernières semaines de volontariat à Frutillar.

 

Dans le prochain article, la suite de nos aventures à Frutillar !

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