Mines de Potosi : voyage au centre de la Terre

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La ville bolivienne de Potosi s’est construite il y a plus de cinq siècles sur les richesses de son sous-sol. Avec le Cerro Rico toujours exploité qui culmine à 4800 mètres, les mines de Potosi sont devenues un des atouts touristiques majeurs de la ville. Visite sous terre, à plus de 4000 mètres d’altitude.

Pénétrer sous terre alors qu’on est à 4300 mètres d’altitude pourrait sembler quelque peu contradictoire. Mais la visite guidée des mines de Potosi commence véritablement dans les rues de la ville, au marché des mineurs plus exactement. Notre guide se nomme Veimar et il nous conduit auprès des commerçants qui vendent cigarettes, feuilles de coca, boissons gazeuses et alcool à distribuer aux mineurs. Ah oui, j’oubliais la dynamite aussi ! Ici l’explosif est en vente libre.

Veimar, mineur à mi-temps nous fait goûter cette gnôle locale, de l’alcool de canne à sucre. 96° l’ami, après ça tu te sens vivant ! Chacun achète un sac de feuilles de coca, une bouteille de gaseosa (boisson gazeuse) ou encore de cet alcool de canne à sucre à l’attention des mineurs . Cela fait partie du tour et ces vendeurs de rue rompus à l’exercice nous préparent directement des sacs préremplis, le tout pour une douzaine de Bolivianos (1,80 euros). Les cigarettes et surtout la dynamite sont en option.

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Passage par le marché des mineurs avant d’aller rencontrer ces derniers.
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La dynamite, c’est d’la bombe bébé !
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Les feuilles de coca, pas tout à fait à mon goût …

La découverte du filon de Potosi

La légende raconte que ce sont les Incas qui avaient découvert le gisement d’argent sous la montagne de Potosi. Ces derniers avaient envisagé de l’exploiter avant d’entendre soudainement gronder un volcan. Persuadés qu’il s’agissait là d’un signe de la colère de la Pachamama (Terre Mère), ils abandonnèrent l’idée de creuser dans la montagne et d’exploiter le filon. Mais quelques années plus tard un certain Diego Huallpa, serviteur des colons espagnols parti à la recherche d’un de ses lamas égarés, dût passer la nuit dans la montagne. En faisant du feu, il découvrit sous les braises fumantes des fils d’argent… et le gisement des Incas. Il partagea le secret avec un de ses amis et tous les deux, ils exploitèrent secrètement le filon jusqu’au jour où les deux hommes eurent un différend.

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Potosi jouit d’une belle situation, au milieu des montagnes boliviennes.

Ne pas faire confiance, même à son meilleur ami…

Le compagnon de fortune de Diego Huallpa alla tout raconter aux Espagnols. Les colons prirent alors possession des lieux. En 1545 les mines de Potosi virent le jour, sous l’égide de la couronne d’Espagne qui poussait les indigènes à creuser sous la montagne. Trois siècles plus tard l’État bolivien reprenait (enfin !) les rênes. Aujourd’hui les mines de Potosi fonctionnent sous forme de coopérative et font travailler 15 000 personnes. Mais le profond cratère au sommet du légendaire et photogénique cerro Rico préoccupe néanmoins le gouvernement bolivien. Depuis 2011, les autorités tentent de sauver cette montagne bien mal en point. Les kilomètres de galeries creusées au fil des 500 années d’exploitation ont affaibli la montagne qui aujourd’hui semble s’affaisser. Mais le cerro Rico est un symbole du pays et surtout un énorme pourvoyeur d’emplois pour Potosi.

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Vue sur une partie de la ville de Potosi, depuis la sortie de la mine.

Entrée dans la célèbre mine de Potosi

Après un briefing de Veimar, l’entrée s’effectue à 4300 mètres d’altitude. Notre guide nous montre du doigt le sommet du cerro Rico ( « montagne riche » en espagnol ) qui culmine à 4800 mètres. D’après lui, la montagne se serait affaissée de 200 mètres ! Nous laissons le soleil et la lumière derrière nous et pénétrons au cœur de la mine.  Tandis que nous nous habituons à l’obscurité et l’humidité avec nos lampes frontales, nos casques et nos bottes, les galeries deviennent étroites et boueuses. Il faut baisser la tête, se tordre même pour passer dans certaines galeries. Par endroits l’eau nous arrive aux chevilles et nous sommes contents d’avoir ces bottes. Il se met à faire froid et nos respirations forment de la condensation. Nous suivons Veimar dans ce monde d’obscurité et de silence. Par terre les rails des chariots font office de guide et on constate la dangerosité de ce travail à la seule vision des étais en bois qui maintiennent tant bien que mal la roche au-dessus de nos têtes.

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Notre guide Veimar, en pleine explication au coeur de la mine.

Tio, le Dieu des mineurs de Potosi

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Le Tio, figure divine des mineurs.

Tout à coup la température remonte, on passe subitement de 5° à 25°. Au même moment, tout le monde se met à tousser et la respiration devient pénible. Veimar s’assure que tout le monde va bien et nous descendons un étage plus bas faire connaissance avec le Tio. Statue diabolique, le Tio est un personnage démoniaque à la tête pourvue de cornes.

Le Tio a été inventé de toutes pièces par les Espagnols alors que les mineurs indigènes de Potosi ne voulaient plus descendre au fond de la mine en raison des accidents. Les colons leurs ont alors inventé ce Dieu pour leur redonner foi en leur travail. Mission accomplie, le Tio est devenu le Dieu des mineurs et aujourd’hui encore ces derniers lui font des offrandes (cigarettes, alcool de sucre de canne, feuilles de coca…), soit pour le remercier des bons résultats de la semaine ou pour solliciter sa protection ou lui demander prospérité…

Les rituels dans la mine de Potosi

Veimar nous initie à ces rites en me faisant notamment allumer une cigarette que je place ensuite dans la bouche du Tio.  À tour de rôle nous lui arrosons les genoux, les pieds, puis le sexe (qu’il a géant !) d’un breuvage mêlant boisson gazeuse et alcool de canne à sucre à 96°. On termine en buvant aussi une rasade à sa santé. Avant de quitter le Tio, Veimar lui rallume une cigarette et disperse généreusement des feuilles de coca sur lui tout en faisant une prière. Nous laissons le Tio savourer sa cigarette et en chemin Veimar nous raconte quelques anecdotes supplémentaires et aussi quelques règles à respecter, à commencer par ne jamais parler des accidents dans la mine quand on est dans la mine. Ça porte malheur !

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Le Tio, au milieu de toutes ses offrandes.

Une rencontre marquante avec un mineur

Alors que nous nous enfonçons dans un nouveau boyau, nous faisons connaissance avec un mineur de 63 ans. Il est en pause mais nous invite chaleureusement à venir nous asseoir avec lui. Il mastique machinalement de la coca et nous regarde à peine, hébété. Les conditions de travail dans cette mine de Potosi sont extrêmement dures avec de longues heures passées chaque jour dans le noir à respirer péniblement. Les accidents font malheureusement partie de la vie dans la mine, aussi l’espérance de vie des mineurs est faible.

Parmi ceux qui échappent aux éboulements ou aux explosions de gaz, beaucoup tombent malades. La silicose, une maladie pulmonaire due à l’inhalation de poussière de silice, est la pathologie la plus répandue. Notre interlocuteur compte 28 années de minage à son actif. Il nous apprend que ses deux fils sont morts dans la mine. Malgré tout, il est toujours présent, dans le noir, sous terre, chaque jour à tenter d’extraire un peu plus de minerai. On comprend que cet homme n’a pas d’autre choix. Et on prend aussi une leçon de vie et d’humilité.

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Alors qu’il est en pause ce mineur de 63 ans nous raconte son histoire, et ses 28 années passées sous terre.

Retour à l’air libre

Nous quittons notre interlocuteur et lui laissons ce que nous avons : des boissons gazeuses, de l’alcool et un sac de feuilles de coca. « Au fond » comme ils disent sous terre, on ne peut rien manger sous peine de s’intoxiquer. Les feuilles de coca mastiquées, c’est la seule chose qui les fasse tenir toute la journée. En chemin, nous croisons deux groupes de mineurs qui poussent un chariot vers la sortie, mais ce dernier est bloqué. Nous leurs prêtons main forte mais la charge est colossale. Même à 5, nous peinons à bouger l’engin. Il faut dire que les rails, au même titre que le chariot, sont en très mauvais état. Le matériel archaïque associé à ces conditions de travail pénibles semblent rendre leur quotidien extrêmement difficile et dangereux. Cinq minutes plus tard nous regagnons la sortie et retrouvons l’air libre.

 

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A l’image de ce chariot, le matériel est très vétuste.
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Le chariot pèse 1 tonne, difficile de le bouger, même à cinq.
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Après une heure trente et quelques kilomètres sous terre, c’en est terminé pour nous, chanceux que nous sommes.

 

Icône InfoChoisir son tour : beaucoup d’agences proposent la visite des mines, qui est une des principales attractions de la ville de Potosi. Les prix sont sensiblement les mêmes de l’une à l’autre (70 BOB/pers). Les auberges de jeunesse proposent aussi souvent d’acheter le tour auprès d’elles. Les visites guidées comprennent l’équipement (bottes, combinaisons, casque, lampe frontale). Prévoyez un peu de monnaie pour le marché des mineurs avant l’arrivée à la mine.

 

Icone LogementHébergement : Nous avons logé au Koala Den qui a un excellent rapport qualité/prix. Chambre avec casier, douches chaudes, pièces communes agréables, et excellent petit déjeuner (œufs, jus de fruit, boisson chaude, fruits et pain à volonté) inclus.

 

Dans le prochain article, Travelando part à la découverte de Sucre, la plus jolie ville de Bolivie

2 Comments

    1. Merci beaucoup ! 🙂
      Ce n’est pas l’article le plus visuel car il est difficile de faire des photos à basse lumière dans la mine, mais c’était une expérience très intéressante, et très enrichissante.

Laissez nous un petit commentaire, nous y répondrons avec plaisir !

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