Le parc Madidi, un concentré d’Amazonie

Visiter l’Amérique du Sud sans passer par l’Amazonie, c’est un peu comme finir ton repas sans manger de fromage. Tu ne vas pas en mourir, mais quand même, c’est con.
Pérou, Équateur, Colombie ou Bolivie, nous avions l’embarras du choix pour aller explorer la plus grande forêt du monde. Nous avons opté pour le parc Madidi situé dans le nord ouest de la Bolivie.

Pour se rendre à Rurrenabaque depuis la Paz, nous avions le choix entre prendre un avion (150€, 45min de vol) ou prendre un bus (10€, 18h sur une route extrêmement dangereuse). Devinez quelle option on a choisie ? Autant vous dire que parcourir 422 km de nuit, sur une piste sinueuse, gravillonneuse, étroite, au bord d’un précipice de 200 mètres et à bord d’un bus datant des années 80, ça restera une des aventures marquantes de notre voyage !

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Dix-huit abominables heures de bus…mais la vue valait le coup 😉

C’est donc assez peu frais que nous débarquons à Rurrenabaque à 4h45 du matin. Nous n’avons pas encore réservé d’excursion pour nous rendre en Amazonie, mais de nombreux rabatteurs nous assaillent déjà. Nous acceptons l’offre de l’un d’entre eux qui nous propose de partir le jour-même et qui nous laisse prendre une douche dans son agence. L’argument qui fait la différence !

Dès 9h30, nous quittons donc l’agence Escorpion Travels et nous mettons en route vers le parque nacional Madidi pour 3 jours d’excursion dans la « pampa ».

 

En route pour le parc Madidi

Quand le 4×4 quitte les ruelles de Rurrenabaque, on ne sait pas trop à quoi s’attendre. Dans cette petite bourgade entourée de montagnes verdoyantes, la vie est tranquille et agréable malgré la moiteur de l’air et la voracité des moustiques. Dans la jeep, nous sommes serrés autour de trois Anglaises. Le chauffeur bolivien chantonne en écoutant une cassette audio : des chansons d’amour américaines reprises en espagnol. Ce sera la bande son de notre journée. Pour vous ambiancer, je vous propose de découvrir la version espagnole de « Still loving you » de Scorpions ainsi que cette magnifique reprise de « I will always love you » de la regrettée Whitney Houston. Du folklore à la bolivienne !

Sous nos roue, la route asphaltée laisse rapidement place à une piste de terre dont la couleur ocre tranche significativement avec le bleu du ciel. Le 4×4 soulève une épaisse poussière balayée vers la végétation. Dans nos vêtements amples prêtés par l’agence pour l’occasion, nous nous sentons comme des aventuriers.

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Les autoroutes boliviennes entre Rurrenabaque et le parc Madidi.

 

Une rencontre incroyable

Malgré la nuit chaotique dans le bus, nous sommes aux aguets. Nous croisons des vaches décharnées semblables à celles d’Asie, mais aussi des autruches et des condors juvéniles. Tout à coup, le chauffeur arrête la voiture en plein milieu de la route. Il a vu quelque chose. Nous descendons du véhicule et apercevons une masse informe en plein milieu du chemin poussiéreux. Une créature infiniment lente tente péniblement de se rentre de l’autre côté de la route. C’est un paresseux !

Nous sommes frappés par son allure fragile, il a l’air totalement inoffensif. Lorsque notre guide Edwin le prend dans ses bras, nous sommes prêts à crier au scandale ! On ne touche pas des animaux sauvages comme ça… non ?
Edwin nous explique qu’il va seulement l’aider à traverser la route pour qu’il trouve un emploi évite de se faire écraser. En effet, en quelques secondes dans les bras du guide, le pauvre paresseux a parcouru plus de distance qu’en quinze minutes de sa laborieuse progression rampante. Pour se mesurer à Usain Bolt il faudra attendre un poil.

Le paresseux de Bolivie, ou Bradypus variegatus, est l’ancêtre d’un animal endémique français : le Mirreillus Mathius.

Embarquement imminent

La voiture nous dépose à Santa Rosa del Yacuma où une dizaine d’autres groupes comme le nôtre attend le départ des pirogues. Ce sera notre moyen de transport pour le restant de l’excursion. Non loin des pirogues, on distingue dans l’eau de gros mammifères. Ce sont des dauphins roses de l’Amazone, ou « boto ». Ils sont gris-roses et mesurent jusqu’à 2,80 mètres pour 150 kg. Ils ne vivent qu’en rivière et sont aujourd’hui en danger d’extinction.

Nous partons donc en pirogue et déposons nos affaires au « lodge », l’endroit où nous allons dormir. Il s’agit en fait de cabanes en bois montées sur pilotis. Nous prenons le déjeuner avec les trois anglaises de notre groupe qui s’avèrent rapidement insupportables. Elles piaillent sans cesse et ont peur de tout ! À commencer par un chat qui se balade autour de notre table. Un chat ! Qu’est ce que ce sera lorsqu’on croisera un caïman…

Pour l’instant pas de caïman en vue mais on a repéré ce capybara, une espèce de rongeur (à gauche) et un jabiru d’Amérique, une sorte de cigogne (à droite)

 

Tortues, cormorans et singes au fil de l’eau

On remonte dans la pirogue et c’est reparti pour une balade dans ce zoo à ciel ouvert qu’est le parc national Madidi. On croise des tortues qui prennent un bain de soleil, des cormorans dans les arbres, plein d’oiseaux du paradis et quelques mignons martins-pêcheurs.

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À gauche un anhinga, de la famille des cormorans. À droite un oiseau du paradis ou hoazin huppé.

Soudain, Edwin arrête notre pirogue près d’un arbre. On entend des bruissements dans le feuillage, on perçoit des flashs de couleurs, puis un minuscule singe saute de sa branche pour atterrir directement sur l’épaule de notre guide ! De mémoire de Travelando, on a rarement vu créature plus mignonne. Il s’agit d’un petit singe-écureuil, qui est bientôt rejoint par 4 ou 5 de ses semblables. Ils sont d’une agilité surprenante !

On en parle de cette mignonitude extrême ?

Ces singes-écureuils boliviens (ou sapajous à tête noire) mesurent une trentaine de centimètres et pèsent entre 700 grammes et 1 kilo. Ils se nourrissent de fruits, graines et insectes. Pour l’heure ils se nourrissent surtout des bananes que leur donne notre guide… Pas terrible-terrible de nourrir les animaux sauvages pour les attirer, et nos valeurs écolos en prennent encore un peu un coup.

Peut-on être irrésistiblement mignon tout en montrant ostensiblement ses énormes bouliches ? La réponse est OUI.

 

Rencontre avec les singes hurleurs

Il est un des hôtes de ce parc, le singe hurleur ou Alouatta Caraya doit son nom à son cri très spécifique et perceptible à plus d’un kilomètre à la ronde. Il fait entre 45 et 70 cm et pèse entre 4 et 11 kg. Contrairement aux singes-écureuils, il est calme, silencieux et bouge avec une certaine lenteur. Quelques spécimens ont élu domicile juste au-dessus des cabanes où nous dormons, et croyez-nous ils portent bien leur nom ! Leur cris s’entendent distinctement même de très loin.

« meeeeeerde ! j’ai oublié d’éteindre le gaz »

 

Coucher de soleil dans le parc Madidi

En fin de journée Edwin nous amène en pirogue jusqu’à une autre cabane en bois qui s’avère être un bar, planté là au milieu de nulle part. Pas très très « authentique » tous ces gringos blancs réunis pour dépenser leurs gros dollars en bière… Mais repartir à la nage dans un fleuve grouillant de piranhas et caïmans nous paraît une option bof-bof.

Tous les autres groupes nous rejoignent, certains profitent du terrain de football pour faire quelques passes. Nous nous installons sur une passerelle en bois pour observer le coucher du soleil, une bière à la main. Des petits oiseaux barbotent dans une flaque d’eau pendant que des poules et un coq jouent à se percher dans un arbre proche. Le ciel se teinte de rose, d’orange et de mauve puis la nuit tombe.

C’est alors que nous sommes assaillis par les moustiques, qui nous avaient jusqu’alors épargnés. Ils rattrapent leur retard en nous dévorant de toutes parts. Nous battons en retraite dans la pirogue et partons à la recherche… de caïmans ! Selon Edwin, ils sortent la nuit pour chasser. On espère ne pas être leur hors d’œuvre…

 

La chasse aux caïmans est ouverte

On navigue dans le noir complet, munis de lampes torches que nous braquons sur les bords de la rivière. Les faisceaux lumineux sont censés refléter les yeux rouges des énormes reptiles, mais on n’arrive pas à en repérer un seul. On rentre bredouilles, mais les moustiques se sont fait un festin de chacune de nos parties du corps non couvertes.

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Les moustiques sont quand même sacrément massifs en Bolivie ! À force de se gaver de quinoa remarque on finit par prendre quelques rondeurs…

Après un bon repas et une douche froide bienvenue, nous nous couchons de bonne heure, protégés par de grandes moustiquaires. Dans le noir complet, le bruit assourdissant de la faune locale envahit nos oreilles. Puis un bruit plus fort encore le couvre : le tonnerre éclate ! Il pleut toute la nuit, un véritable déluge…

 

Jour 2 : Réveil pluvieux

Réveil aux aurores alors qu’il pleut encore abondamment. On se demande ce qu’on va bien pouvoir faire avec une météo pareille. Mais une accalmie nous permet de sauter dans la pirogue. En route pour la chasse à l’anaconda ! Nous sommes accompagnés d’un autre groupe, et à onze sur la pirogue on avance un peu moins vite ! Alors que l’on s’éloigne du rivage, un guide laisse un bout de poulet sur le bord de l’eau, on ne découvrira la raison de son geste que plus tard…

 

Encore un festin pour les moustiques

Edwin nous dépose au bord d’une plaine marécageuse dans laquelle, chaussés de bottes en caoutchouc, nous partons traquer l’anaconda. Dès les premières minutes nous sommes de nouveau attaqués par une horde de moustiques. Nous nous enfonçons en file indienne dans les herbes hautes, luttant tant bien que mal contre les horripilants insectes.

Sous nos pieds, une boue épaisse. Plus nous avançons plus le chemin se fait marécageux, jusqu’à avoir de l’eau boueuse à mi-jambe. Puis l’on s’enfonce encore et l’eau passe par dessus nos bottes, inondant nos pieds. Sploush, sploush. Bien entendu, aucune trace d’anaconda. Alors que je suis trempée jusqu’à mi-cuisse et que les moustiques sont en passe de me dévorer vivante, je décide que j’en ai ma claque et rebrousse chemin jusqu’à la pirogue. Les trois Anglaises en font de même, et le reste du groupe nous rejoint quelques minutes plus tard. Nous savions très bien que la chance de croiser un anaconda était minime, et avec tout le boucan généré par un groupe de 11 personnes puant le répulsif, il était encore plus improbable que le gros serpent soit de la partie. Une belle pigeonnade !

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La croisière s’amuse moyen-bof.

 

Recherche caïmans désespérément

Nous remontons sur la pirogue pour une heure de navigation. Nous cherchons désespérément des caïmans, mais pas un seul ne daigne pointer le bout de son nez. Par contre, nous surprenons l’envol de plusieurs aras, superbes perroquets multicolores. Plus tard, nous voyons pour la première fois de notre vie un toucan ! Son bec énorme et ses couleurs chatoyantes nous émerveillent. Les anglaises ronchonnent : elles en ont marre de voir des oiseaux, elles sont « ready for the croc ». On aurait volontiers fait chavirer la pirogue pour qu’elles aient une chance de voir le « croco » de plus près (et même de très près).

 

Aïe, Pépito !

De retour au lodge, une surprise de taille nous attend. Une paire d’yeux dépassant de l’eau surveille l’arrivée de notre pirogue. Alors que l’on débarque, on en a le cœur net : nous sommes en présence d’un caïman !

« Pepito », de son petit nom, attend patiemment les cadeaux que lui offrent nos guides. Edwin lui lance un bout de poulet rattaché à une ficelle. Pepito dévore le poulet avec un tel entrain qu’il arrache le fil qui reste coincé dans sa gueule. Puis un autre guide décide d’offrir un second bout de poulet au prédateur, mais cette fois il le tient à la main ! Vu la rapidité de Pepito et le tranchant de ses canines, on a bien peur que notre ami guide finisse vite manchot (Coucou Jamie Lannister).

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À gauche, un GRAND MALADE de guide qui nourrit Pepito comme si c’était un hamster. À droite, Pepito songe en son for intérieur :  « purée je lui aurai bien becté un doigt ou deux »

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Pépito présente : 10 astuces INCROYABLES pour avoir une haleine fraîche même en plein milieu de l’Amazonie. La 7ème va vous étonner !

 

À la pêche aux moules… euh aux piranhas

Comme si les eaux grisâtres n’étaient pas assez dangereuses avec la présence de Pépito et ses amis, les piranhas aussi ont élu domicile par ici. Edwin nous emmène à l’ombre des arbres et nous tendons nos lignes dans l’espoir d’attraper un de ces poissons voraces.

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– « Nico, tu fais quoi avec ce morceau de boeuf ? » – « Piranhas aimer viande, Nico pêcher piranhas. Grou. »

Malheureusement, pas un seul piranha ne daignera mordre à l’hameçon. Tant pis… Nous rentrons bredouilles. Une fois de plus.

– « Nico, t’en as vu combien des piranhas ? »

 

Jour 3 : Baignade en eaux troubles

Le 3ème jour, nous partons à la rencontre des fameux « botos », ces dauphins roses de l’Amazone. Nous avons la chance d’en apercevoir quelques spécimens mais ils ne remontent que très brièvement en surface, ce qui nous empêche de les voir précisément. Mais la particularité de ces massifs dauphins, c’est que leur présence fait fuir les caïmans. Normalement, s’ils sont dans l’eau, on ne risque pas de se faire croquer par Pepito et son crew.  Edwin nous invite donc à aller nous baigner.

Alors que Nico prétexte une soudaine envie d’étudier la coque interne de notre pirogue, je décide de me jeter à l’eau pour tromper l’ennui (et arrêter de subir les simagrées de nos copines d’Outre-Manche).

Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle n’est pas bien cristalline !

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Vous pouvez observer ici un dauphin rose d’Amazonie, aussi appelé Ambrus Travelandus, dans son habitat naturel. L’Ambrus se nourrit principalement de meule de Savoie et peut dormir jusqu’à 11 heures par jour.

C’est déjà la fin de notre excursion dans le Parc National Madidi. On aura essuyé quelques déceptions (adieu anacondas et piranhas) mais on a quand même vu un paquet d’animaux sauvages (je n’abandonne pas l’idée d’adopter légalement un singe-écureuil).

On se quitte avec quelques piafs et une vue pas dégueu.

Un martin-pêcheur aux couleurs chatoyantes.
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Cet élégant oiseau est un représentant d’une espèce proche du toucan : les araçaris.
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Sur la route du retour…
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Adieu l’Amazonie ! On en aura pris plein les mirettes !

 

Dans le prochain article, Travelando part faire la fiesta à Copacabana !

16 Comments

    1. Merci Audrey 😉 C’est un lieu particulièrement approprié pour faire le plein de jolies photos. La végétation comme les animaux y sont incroyables. Pépito a bien cru à une erreur de navigation du guide pour voir les british finir à l’eau…mais faute de ça, il est devenu le premier caïman végétarien d’Amazonie ^^

    1. Merci Maud ! On aime bien rebondir sur l’actualité, et tout particulièrement sur les grandes inspirations de nos chers élus. Cœur avec les doigts pour Manu <3 ...euh pardon Monsieur le Président, il est très pointilleux là-dessus, je ne voudrais pas subir ses remontrances comme il l'avait fait avec un jeune collégien/lycéen devant les caméras 😀

  1. Après avoir vu les photos sur IG , j’avais hâte de lire l’article ! Vous avez vécu une superbe aventure! Voir les animaux sauvages dans leur milieu naturel ne m’est jamais arrivé … j’espère un jour!!
    Enfin pas des trop dangereux non plus 😳😳
    Pascale

    1. Pascale, à te lire on voit que tu as plein d’envie de voyages et c’est génial ! On te souhaite de les concrétiser. En tout cas c’est la meilleure des choses qui puisse t’arriver. Découvrir tous ces animaux dans leur milieu naturel a été une découverte fabuleuse pour nous.

    1. On vous recommande vivement de faire un tour en Amazonie car comme vous le dites, on y a vu un paquet d’animaux ! Le paresseux c’était effectivement la cerise sur le gâteau 😀 On savait que c’était possible d’en voir, mais compliqué. Le hasard a mis celui-là sur notre route (dans tous les sens du terme d’ailleurs 😉 !) et on était littéralement euphoriques. Une superbe rencontre avec des animaux sauvages. Manquaient seulement les anacondas et les jaguars pour rendre l’expérience parfaite !

  2. Toute cette faune et toute cette flore c’est juste énormissime ! Je n’avais jamais vu de photos aussi prêt d’un paresseux ni même vu un seul de ces animaux dans leur habitat naturel, et c’est une chance incroyable! je t’avoue quand même avoir un petit coup de cœur pour les singes écureuil c’est juste trop mignon ces petites bouilles :p

    1. Les singes-écureuils ont une grosse cote en effet ! Ils sont hyper mignons, colorés, et joueurs. On aurait envie de les câliner mais pas touche ! ce sont des animaux sauvages 😀 On a eu de la chance concernant le paresseux, c’était génial d’en voir un, et d’aussi prêt encore plus.

  3. Une bonne dose d’humour avec cet article riche en rebondissements ! Les anglaises qui piaillent, les guides aux patiques assez douteuses, les 18h de bus, le bar au fond de la jungle… On peut dire que vous n’êtes pas à court d’anecdotes à propos de cette excursion… Malgré tout ces tendonrencontres animales sont toutes plus incroyables les unes que les autres ! 😊 Superbes photos !

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