El Choro : trek dans les montagnes boliviennes

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Situé à moins d’une heure de transport de La Paz, le parc national Cotapata offre une bouffée d’air frais, loin de l’étouffante capitale bolivienne. C’est l’occasion pour nous de découvrir les montagnes verdoyantes d’El Choro et de nous initier au trek. C’est parti pour trois jours de marche avec comme point culminant l’Apacheta et ses 4900 mètres.

Il est déjà 12h quand nous nous élançons. Ce n’est pas idéal, mais on débute à La Paz et ce serait mentir que de dire que les transports paceños n’ont plus de secret pour nous. Cette ville est gigantesque, en témoignent nos trois heures de transport pour nous rendre dans les décors somptueux de la laguna Tuni. Mais que c’était beau ! Notre amie Stéphanie, rencontrée pendant notre volontariat de choc au Chili, est une fois de plus de la partie. Le sentier d’El Choro débute aux abords du lac situé à la cumbre Estrellani, à 4670 mètres d’altitude. Rien que ça ! Nous sommes entourés d’immenses sommets aussi sombres que menaçants. C’est dramatique et beau à la fois. Ça met dans l’ambiance.

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Dès le début du trek d’El Choro, les décors sont spectaculaires.

Signal GPS perdu

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Souffle coupé par la beauté des paysages…et peut-être par l’altitude et l’effort, sûrement un peu de tout ça !

En parlant d’ambiance d’ailleurs, disons que le ciel est plutôt (voire très !) gris et humide, comme un été en Écosse. Deux cents mètres seulement après le départ le sentier se divise, mais quel chemin faut-il suivre ? Il n’y a aucun balisage et malgré le GPS, on n’est pas vraiment sûrs de notre coup. On s’élance et le ciel s’assombrit alors que nous commençons notre ascension. Objectif 4900. Dire que l’inclinaison de la pente est forte serait un euphémisme… les jambes sont lourdes et le souffle court. Le dénivelé n’est pas très impressionnant entre le départ (4670m) et le point le plus haut (4900m), mais à cette altitude le manque d’oxygène se fait vite sentir.

 

Le point culminant d’El Choro

Un litre de sueur plus tard et à une moyenne de 150 pulsations minute, nous atteignons les 4900. En guise de récompense nous avons droit à… une purée de pois. On n’y voit pas à vingt mètres, et ce n’est pas près de se lever. Dommage ! Nous amorçons donc la descente. Toujours aucune visibilité et c’est rageant car la vallée en contrebas doit valoir le coup d’œil vu les paysages que nous avions au départ. La pluie commence à tomber et par la même occasion le ballet des k-ways et housses de protection débute. La descente se fait à flanc de montagne, dans un chaos qui rend la progression vraiment hasardeuse. Difficile de donner plus de détails sur les paysages qui nous entourent tant le brouillard est dense.

 

El Choro et son resto étoilé

Une heure plus tard, la faim se fait sentir et nous tombons sur une cabane de pierres et de tôles. On dirait une petite bergerie. On s’y engouffre et la pluie redouble. Manger à l’abri n’est pas un luxe, d’autant que la grêle fait son apparition. Visiblement, nous ne sommes pas les premiers à nous arrêter là car les déchets pullulent : bouteilles, sacs plastiques, couches… Appelons un chat un chat, c’est dégueulasse ! Mais au moins, on est au sec !  On grelote, et il faut donc se faire violence pour repartir car il pleut toujours dru. Là vous vous dîtes « ah mais ils n’ont pas eu de bol ? ». Clairement non ! Ça fait partie des jours où se dit qu’un bon film dans son canapé c’est pas déconnant.

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Montagnes noires, brume et murs recouverts de lichen, ce coin de Bolivie n’est pas sans nous rappeler les décors écossais.

Éclaircie sur le chemin d’El Choro

Finalement la pluie s’arrête après quelques minutes et le brouillard se dissipe, laissant entrevoir une vallée sublime. C’est grandiose, spectaculaire. Les paysages lunaires du début sont déjà loin et face à nous se dressent désormais d’imposantes montagnes vertes. Nous continuons de descendre en longeant le ruisseau et croisons des lamas aux abords du premier village. Une fillette est chargée de les garder. Elle est âgée de huit ans tout au plus et ne perd pas un instant en nous demandant des bonbons dès qu’elle nous aperçoit.

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Rencontre avec les locaux.

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Woman vs Wild

Les paysages sont toujours aussi spectaculaires et alors que nous traversons le minuscule hameau, nous tombons cette fois sur des moutons. Un fier mâle prend la pose sur son rocher. Le brouillard persiste, et même s’il gâche un peu la visibilité, cela confère une atmosphère mystique à ces lieux. L’Écosse on vous dit ! On a traversé l’Atlantique et grimpé un col à 4900m pour se retrouver dans un décor des Highlands 😉  Nous passons Chucura vers 17h et nous enregistrons auprès d’un vieil homme du village qui tient le registre. La progression est lente car l’herbe détrempée et les pierres glissantes rendent la marche périlleuse. Steph glisse et fait une chute. En se réceptionnant son doigt se coince entre deux pierres. Le verdict est sans appel : luxation ! Pour les non-initiés : doigt retourné.

 

Leçon de survie à El Choro par Steph

⁃ « J’crois que j’ai un problème »,  ça c’est Steph qui brandit sa main gantée et son annulaire à l’équerre
– « AAAaaaAaAaah ! Mais ton doigt est complètement retourné !?! », ça c’est Ambre et moi.
Bon pour rassurer la victime on repassera. Mais avouez que, paumé au milieu des montagnes boliviennes à la tombée de la nuit avec votre pote qui s’est déglinguée le doigt, vous seriez pas serein-serein non plus !
Ambre : « Bon option 1 : on fait demi-tour et on rentre. Deux jours de marche car c’est que de la montée.
Option 2 : on continue. 1 jour et… »
Steph : « C’est bon je l’ai remis »
Ah oui on ne vous avait pas dit, Steph est une guerrière. Elle avait retiré son gant et remis son doigt. Toute seule, comme une grande. Bon on n’est pas médecin mais il paraît que c’est mieux de faire ce genre de p’tite manip’ à chaud. Après le mieux c’est encore de ne pas avoir à le faire. C’est le top même.

 

La guerrière d’El Choro

On continue notre route. Pas de Doliprane, rien, Steph ne souffre pas. Pour dresser le portrait de Stéph, elle fait du judo à haut niveau depuis longtemps donc elle a une certaine habitude des blessures et une résistance à la douleur au-dessus de la moyenne je suppose (c’est même très probable !). Quinze minutes plus tard, elle a quand même fini par se mettre une attelle. Un bout de bois et du strap (qu’elle a toujours avec elle) et c’est reparti. Et surtout Steph garde le sourire, toujours! Même quand son doigt se transforme en chipolata. Bah ouais elle est comme ça notre Steph ! Encore une heure de marche et nous plantons la tente. Il est 18h30, il commence à faire nuit et nous sommes trop loin de Challapampa, notre objectif initial. C’est con il paraît qu’il y avait un hôpital là-bas. Non on plaisante !

Dans mon esprit à ce moment-là, Steph ressemble à ça !

 

La magie des levers de soleil à El Choro

Réveil à 5h50, je suis gelé, la nuit a été difficile mais le lever du soleil entre les montagnes est sublime et fait oublier tout le reste. Il est 7h30 quand nous repartons car préparer un petit déjeuner en bivouac et tout replier prend un peu de temps. On découvre tout ça, c’est notre premier trek en autonomie.

La reprise est facile avec une heure de descente. Mais entre pierres arrondies par l’érosion, herbes détrempées et ruisseau à traverser, c’est glissant à souhait et on n’a pas envie de revivre la même expérience que la veille au soir. Alors on marche sur des œufs !

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Challapampa, et le soleil revient sur El Choro

Une bonne heure plus tard nous rejoignons Challapampa et enjambons son pont suspendu. La végétation a changé. Nous sommes descendus en altitude et longeons toujours le cours d’eau. On se croirait désormais presque dans la jungle tant la végétation est luxuriante. Les papillons ont fait leur apparition, ils sont partout. C’est un émerveillement. Les ponts suspendus se succèdent et nous passons d’un flanc de montagne à l’autre. Avec le soleil généreux de cette matinée, le cadre est vraiment somptueux. C’est un régal ! Les cascades sont magnifiques elles aussi et on en prend vraiment plein les yeux.

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Vous le voyez ? Il nous arrive de nous y reprendre à deux fois pour distinguer ce papillon presque transparent sur cette photo.
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Ils étaient des dizaines à nous accompagner lors de cette deuxième journée.

Le coup de gueule

Une fois passé El Choro et son pont suspendu, nous amorçons une montée éreintante. Le spectacle qui nous attend arrivés au bout nous met vraiment en colère. C’est immonde, un tas de bouteilles en plastique et de boîtes de conserves à peine terminées jonchent le sol auprès de bancs pourtant idéaux pour faire une pause. Nous apprendrons le lendemain que les jours précédents notre passage, beaucoup de jeunes Boliviens étaient venus marcher ici en raison de jours fériés. Leur sensibilisation à la protection de l’environnement n’est pas la même que la nôtre et il reste du chemin à parcourir.

Ca, c’est à peu près notre réaction quand on a vu le tas de déchets ! #goku #myHero

 

Une pensée (affectueuse) pour Giscard

La pause déjeuner nous a tout de même fait du bien et les 10 km avalés le matin se font presque oublier. Il faut dire aussi que le terrain est beaucoup moins escarpé et les pierres ont laissé place à des chemins en herbe. Nous avançons donc bon train au sommet de ces montagnes alors qu’en contrebas se dessine une vallée incroyable. Ces puissantes montagnes vertes ne sont pas sans nous rappeler, à nous Français, les volcans d’Auvergne.

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El Choro / Vulcania, même combat ! #giscard

El Choro -> San Francisco sans escale

Nous rejoignons San Francisco mais on ne trouve ni son célèbre pont ni ses rues escarpées. En guise de bienvenue une femme nous félicite pour notre performance en nous voyant avec nos gros sacs sur le dos. Elle nous annonce qu’il faut encore trois bonnes heures pour rejoindre Saimina situé à 8km. Bien lancés, nous pensons pouvoir le faire en deux heures, cela ne fait que du 4km/h après tout. Mais après une heure de descente à bonne allure, ça se corse. La montée est abrupte et interminable. Plus que 4km mais il est déjà 17h30 et le soleil est en train de se coucher, nous n’y arriverons pas. Un kilomètre plus loin nous arrivons à « Buena Vista », une simple maison avec un espace pour camper et manger. Il est 18h, il n’y a personne. Nous piquons la tente en plein dans le passage, mais qu’importe, nous sommes seuls au monde ! Quelques dizaines de mètres plus loin un mince filet d’eau coule de la rivière. L’eau est gelée et il ne fait plus très chaud mais cela fera l’affaire. Après deux longues journées de marche, se laver est un privilège qui ne se refuse pas.

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Une cascade parmi d’autres rencontrée sur les chemins d’El Choro

Le top de chez El Choro

Troisième et dernier jour, on met les bouchées doubles car on aimerait attraper un bus et filer à Rurrenabaque dans l’après-midi. Donc on ne chôme pas comme dirait l’autre. En passant à « Bella Vista », on fait tout de même un arrêt, pour s’enregistrer d’abord, et pour admirer le panorama aussi. Et effectivement Bella Vista qui signifie « belle vue » porte très bien son nom. Détour par le mirador et là, je pourrais écrire tous les mots les plus doux de la Terre, ça ne servirait à rien de me fatiguer la photo ferait 1000 fois plus d’effet.

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Vous voyez, je l’avais dit, ça déboîte. Ça ne sert plus à rien que j’écrive, on ne va mettre que des photos. Ce sera mieux pour vos yeux et moins exigeant pour nos cerveaux respectifs.

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Quelques kilomètres plus loin nous rejoignons la « civilisation », un petit village dans lequel les filles se ruent sur les glaces vendues dans le premier commerce ! Il faut dire qu’il faisait sacrément chaud, rien à voir avec les températures enregistrées deux jours plus tôt à plus de 4900 mètres d’altitude.

Premier trek réussi ! Grand sourire malgré le doigt tordu de Steph, mais on en rigole quand même.

 

Icône RandonnéeTotal trek : du départ à « la Cumbre » jusqu’à Villa Esperanza, 49 kilomètres et 3607 mètres de dénivelé cumulé.

 

Icône TransportTransport : Depuis La Paz prendre un truffi jusqu’à Villa Fatima, puis un second truffi direction Coroico. Descendre en chemin à « la Cumbre ».

 

La médaille de la bonne humeur : incontestablement décernée à Stéph qui, même avec le doigt en vrac, garde le smile et refuse qu’on l’aide dans quoi que ce soit. Elle fait même la vaisselle la meuf.

La médaille du faux-espoir : pour le mec rencontré en fin de parcours le 3e jour et qui nous dit qu’on est plus qu’à 15 minutes du village d’arrivée alors qu’en fait on en avait encore pour 50 minutes. C’est pas sympa de faire ça, c’est même très vilain.

 

Dans notre prochaine aventure, nous partons découvrir la capitale bolivienne,
car La Paz s’avère être une ville surprenante…

6 Comments

    1. 😀 c’est vrai que c’est exigeant, mais il ne faut jamais dire jamais 😉 Nous n’avions jamais fait de trek avant ça, et on s’en est très bien sortis ! Il existe des options pour les faire avec agence et donc sans porter son sac, ce qui est un avantage non négligeable quand il fait 15 kg 🙂

  1. Trop forte Steph… J’aurais pleuré comme une madeleine et rampé dans les montagnes comme Di Caprio dans « the Revenant » à sa place 😂😂. Les paysages sont à couper le souffle ! Sauf ces déchets…

    1. Ahaha 😀 j’adore la référence ! Cette scène où il se fait défoncer par le grizzli est d’une telle violence… le pauvre ! Quant à Steph c’est une warrior oui, c’est indéniable 🙂 Et les paysages étaient très chouettes en effet.

    1. Ahah oui Alexandra, c’était sacrément chouette de rencontrer ces lamas 😀 Et ça donne de jolies photos en plus !
      L’altitude n’aide pas pour avancer, mais comme on a passé pas mal de temps dans les Andes, notre organisme s’était habitué donc on ne souffrait pas comme si on était brusquement passé de 0 à 3500 m d’altitude. Mais ça restait difficile, surtout le col à 4900m…et l’absence de récompense à la clé avec zéro visibilité 🙁

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