Copacabana, la ville en effervescence

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155 km et quatre heures de bus séparent La Paz de Copacabana. Posée sur les rives du lac Titicaca, cette petite ville de 6000 habitants est aussi la plus grande agglomération littorale de Bolivie. Sans le savoir, nous nous apprêtons à vivre ici une soirée inoubliable.

À force de parcourir les interminables pistes goudronnées d’Amérique du Sud, on finit par avoir quelques certitudes. Les gens sont toujours souriants, peu respectueux parfois, heureux souvent, et flattés quasiment tout le temps. Flattés tout simplement de voir des gringos* s’intéresser à leur pays. Mais s’il y a bien un enseignement qui ressort de ce périple, c’est que les événements les plus savoureux arrivent souvent quand on ne s’y attend pas. Pour cette étape à Copacabana, nous sommes toujours en compagnie de Steph (rencontrée plus tôt lors d’un génial volontariat au Chili), et Sam et Anya qui nous ont rejoint à La Paz.

*gringos : c’est un moyen comme un autre de dire les blancs, les étrangers, les touristes.
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Passage incontournable pour rejoindre Copacabana, le détroit de Tiquina est le point le plus profond du lac Titicaca qui plonge ici jusqu’à 280 mètres.

Copacabana, ce n’est pas au Brésil ?

Vous aussi quand vous entendez Copacabana le soleil de Rio vous brûle la peau, votre bouche se rappelle avec délectation la douceur d’une Caïpirinha et vous vous voyez étendu sur cette plage dominée par l’iconique Christ Rédempteur ? La plage carioca aurait en fait hérité du même nom que la Vierge de Copacabana, patronne de la Bolivie, suite à la promesse faite par un moine en détresse au large des côtes brésiliennes d’appeler cette plage du nom de la Vierge si cette dernière lui venait en aide.

 

Copacabana et son charme enivrant

Quand nous débarquons dans cette bourgade haute en couleurs, la première chose qui nous frappe c’est bien entendu le Titicaca et ses 8400 km² de surface. Depuis les fenêtres du bus déjà, on s’émerveillait devant l’immensité de ce lac connu aux quatre coins du monde. La particularité de cette spectaculaire étendue d’eau c’est qu’il s’agit du plus haut lac navigable au monde. Et oui, on a beau être les pieds dans l’eau on est déjà à 3812 mètres d’altitude. Alors quand on débarque en début de soirée avec notre joyeuse équipe, on se régale d’abord du fabuleux coucher de soleil sur le plus haut des lacs navigables du monde.

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Chambre avec vue sur le port de Copacabana, plutôt pas mal !

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Dans les rues de Copacabana pour la fête du 1er mai

La véritable surprise, elle nous attend dans les rues. Une fois le coucher de soleil immortalisé et les couchages distribués, nous nous penchons sur le programme du soir. Mais à peine le nez dehors, un drôle de sentiment s’empare de nous. Les rues sont bondées et les habitants vêtus de leurs plus beaux apparats. Le dîner attendra, car quelque chose se trame ici, cela va sans dire. Plus nous progressons et plus l’animation se précise, la foule grossit et la musique forcit. Nous sommes le 1er mai et sans le savoir, nous allons assister à une sacrée fête du travail dans ces rues de Copacabana.

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Scène de liesse dans les rues de Copacabana.

Ivresse générale sur la voie publique

Les groupes défilent sous nos yeux et en y regardant d’un peu plus près, la plupart des musiciens (principalement des hommes) a l’air un peu « guilleret » (indice alcoolémie < 1Gr). Sourires béats, gestes approximatifs et marques d’affection débordante trahissent une jovialité bien avancée. En y regardant donc d’un peu plus près que près, on s’aperçoit en fait qu’ils sont fin saouls nos joyeux lurons ! Traduction : taux d’alcoolémie > 2 Gr ! À mesure que les bouteilles se vident, la musique sonne plus faux et cela devient un supplice pour les oreilles.

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Il n’y a pas à dire, la fête du travail est dignement célébrée ici !

Rencontre avec les Dunkerquois… à Copacabana (ça riiime!)

Au détour d’un groupe de musiciens mélodieusement avinés, notre Steph nationale repère Déborah et Christophe dans la foule. Ces trois là s’étaient rencontrés un peu plus tôt dans les merveilleux décors du sud de la Bolivie. Il n’en fallait pas plus pour s’offrir un restaurant tous les sept !

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À droite, avec de joyeux lurons rencontrés dans la rue

Copacabana/Caïpirinha/Pina colada, même combat

Alors que la musique bat son plein, hommes, femmes et enfants s’en donnent à cœur joie et dansent à tout va dans ces rues bouillonnantes de vie. La musique sonne atrocement faux mais les sourires et la bonne humeur font réellement chaud au cœur. Les jeunes femmes boliviennes nous interpellent, Samuel, Christophe et moi pour se photographier avec nous. Elles nous demandent si nous sommes mariés au passage ! Il faut dire qu’il est plutôt rare d’apercevoir des blonds aux yeux clairs d’1 mètre 80 chez les Boliviens. Les tenues de ces femmes sont flamboyantes et leur bonne humeur terriblement contagieuse.

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Photo souvenir avec d’adorables habitants de Copacabana.

J’ai soufflé dans sa trompette

Dire que nous assistions à une beuverie organisée serait un euphémisme. Mais ce qu’il y a de formidable, c’est que tous ici ont « l’alcool festif ». Pas d’animosité, au contraire les familles et les groupes nous invitent à faire la fête avec eux, parmi eux. Mention spéciale pour ce musicien alcoolisé+++ (> 3Gr je pense!) qui nous prête son chapeau et sa trompette pour s’essayer à son instrument. Sans résultat. On n’a pas été en mesure de sortir un son mais entre nous, vu l’état d’ébriété du bonhomme, on ne tenait pas plus que ça à mélanger nos salives. On n’a pas insisté quoi.

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Vous aussi vous la sentez d’ici son haleine chargée ?! Adorable mais pas facile à comprendre ce monsieur 😀

Les baptêmes de voitures, une institution à Copacabana

Après une soirée bien animée et une bonne nuit, nous filons à la basilique Notre Dame de Copacabana où se font bénir les voitures. Si ça vous surprend c’est normal, car nous aussi. Mais à Copacabana c’est monnaie courante. Le soleil brille et le ciel bleu est éclatant en cette matinée, et que dire de la basilique qui est splendide. Plusieurs véhicules sont stationnés devant le portail qui garde la catedral, attendant leur bénédiction.

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« Zone de bénédiction des voitures, seulement deux voies » dit le panneau.

Les voitures sont ornées de couronnes de fleurs et les hommes les arrosent de champagne ou de bière alors que leurs épouses jettent des pétales de fleurs. Les propriétaires vont même jusqu’à ouvrir le capot pour y déposer des pétales et arroser le moteur. Le clou du spectacle, c’est la venue du prêtre qui bénit les voitures à grands coups d’eau bénite et de prières.

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Le passage tant attendu du prêtre, ici avec son aube marron.

Pourquoi ce rituel ?

Nous nous approchons d’un couple de Boliviens qui vient de voir le prêtre se pencher sur son véhicule. Nous leurs demandons les raisons de ce rituel et ils sont ravis de nous raconter qu’il s’agit de leur première voiture. Ils veulent donc la faire bénir car en Bolivie, c’est une tradition à chaque nouvelle acquisition. On prie et on bénit la voiture et tous les conducteurs pour leur porter chance. Les Péruviens affluent ici en masse pour faire passer leurs précieux bolides à deux ou quatre roues entre les mains du curé de Copacabana. Ici, les habitants nous semblent plus accessibles et chaleureux que les Paceños avec qui nous n’avons malheureusement rien échangé.

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Rencontre avec cette famille charmante, venue faire bénir sa nouvelle voiture.

Un peu d’histoire

Copacabana doit son nom au fondateur de la ville, l’Inca Yupanqui. Au XVIème siècle, l’empereur inca l’avait baptisée « K’ota-kawuana » qui signifie en quechua « le mirador sur le lac », en référence aux collines qui surplombent le Titicaca.  Avec le temps K’ota-kawuana est ainsi devenu Copacabana, mais la ferveur religieuse de cette ville est quant à elle, restée intacte.

Notre chemin de croix

Nous nous dirigeons vers le Calvario qui domine la ville. Il s’agit d’un véritable chemin de croix en 14 étapes matérialisées. Ce cerro San Cristobal (de son véritable nom) est aujourd’hui encore un site sacré pour les Boliviens qui y montent pour prier, voire même se faire baptiser pour certains.

C’est plutôt raide… mais même les enfants y grimpent !
À mi-chemin de l’ascension du Calvario, la vue depuis le mirador Sagrado Corazon.

Sur les hauteurs de Copacabana

Au sommet du Calvario, nous faisons face à d’imposantes sépultures. La flamme des cierges encore allumés vacille sous l’effet de la brise. Sam allume un cierge pendant que nous reprenons notre souffle. Pas étonnant, ce lieu sacré trône 4018 mètres au-dessus du niveau de la mer. Le panorama est somptueux alors que Copacabana se dessine sous nos yeux. Nous dominons ses maisons multicolores, sa plage et son port où des dizaines de bateaux s’affairent. À notre droite, tout est calme avec cet immense lac Titicaca qui s’étend à perte de vue. Les Isla del Sol et Isla de la Luna se dévoilent sous nos yeux ébahis. On jurerait être face à la mer tant ce lac semble s’étendre à l’infini. Mer d’huile (vous voyez, ça vient tout seul !), ciel bleu et soleil sont au rendez-vous. Nous prenons quelques photos alors qu’une poignée de cholitas nous tient compagnie sur les hauteurs. Ces dernières tiennent des stands de maquettes de voitures et de maisons. Il faut dire qu’elles sont au cœur de toutes les prières ici, sur la célèbre colline en pain de sucre de Copacabana.

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Le joli pain de sucre de Copacabana
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Deux cholitas face à cette vue impressionnante

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Tous à vos postes, marins d’eau douce ! Dans le prochain article, cap sur Isla del Sol …

12 Comments

  1. Ah oui, ça a l’air carrément festif 😀 😀 !! C’est chouette de vivre ce genre d’événements en voyage et de pouvoir se mêler à la foule !!! et sublimes également les hauteurs de Copacabana ! Merci pour ce bel article, une mine d’infos, d’anecdotes et de belles photos, comme à ton habitude !!

    1. Merci chère Lykorne ! En effet on était contents de pouvoir partager ces moments avec les gens sur place, d’autant plus que les Boliviens sont en grande majorité assez timides et il est donc assez difficile de discuter avec eux. Mais là, alcool aidant ^^ on a été vraiment chaleureusement accueillis dans cette petite ville qui est très jolie en plus 🙂
      Ravis que cet article t’ait plu 😉

  2. Magnifique et quelle ambiance! J’ai envie de siroter un cocktail en lisant tout ça et faire la fête avec vous!!!!! Puis ce qui est bien avec vous c’est que j’en apprends toujours plus. Ce rituel de voiture est fou et je n’en avais jamais entendu parler auparavant! Je vais ramener ma twingo là-bas, dieu sait qu’elle en a besoin avec tout ce qu’elle traverse haha. Merci pour cette petite parenthèse bien chouette et festive !

    1. Merci Laetitia ! On essaye de relater au mieux ce qu’on a vécu et appris, et c’est justement ce qui nous intéresse : découvrir un pays, sa culture et sa langue et en apprendre toujours un peu plus 🙂 On a eu la chance de vivre cette fête dans les rues avec les habitants, c’était génial.
      Tu devrais amener ta Twingo en effet, mais ça fait déjà un sacré périple pour l’amener jusqu’à Copacabana 😀 !

  3. Comme tout ça est super intéressant!!
    On apprend que le Bolivien est alcoolique 😂😂, euh pardon, fêtard!! Et il a bien raison!!
    Que les voitures se font bénir!!! Et pourquoi pas ??
    Que copacabana de Rio n’est en fait que du copier !! La vraie vierge vient de Bolivie !!
    Mais la caipirinha, est-ce la même?? Car celle de Rio, je la connais, elle est excellente !!
    Ça doit être dur de grimper là haut, mais qu’est-ce que c’est beau!! 😍😍😍
    Super cet article…comme tous les autres!
    Bonne soirée
    Pascale

    1. Merci Pascale 😉 Ahaha oui les Boliviens savent faire la fête d’après ce qu’on a vu et vécu ! Concernant la caïpirinha je ne sais pas trop, il y a longtemps que je n’en ai pas goûtée ! 😀 POur ce qui est des baptêmes de voitures c’est surprenant hein ?!
      Grimper le cerro Calvario demande un bel effort en effet, mais la récompense est au bout comme tu as vu !
      Bises à toi Pascale

    1. Merci Alexandra ! A l’occasion d’un voyage en Bolivie, on t’incite vraiment à y aller. Après, le côté festif ce n’était pas prévu donc en Bonus 😉 Mais de toute manière la Bolivie est un pays grandiose, légendaire, qui mérite vraiment le détour.

    1. Merci Sonia 😀 On était comme beaucoup, avant de découvrir la Bolivie on associait Copacabana à la plage de Rio, mais maintenant on connait l’histoire ! Il paraît que les voyages forment la jeunesse 😉 Et comme tu dis, on a vécu de grands moments de convivialité là-bas, très bien entourés.

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