Écologie : rencontre avec le chaman Chamalu

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Une semaine s’était écoulée depuis notre arrivée au sein de la communauté Janajpacha. Il était temps pour nous de rencontrer Chamalu, le créateur de l’ashram et le chaman de Janajpacha.

Après avoir lu deux de ses livres et regardé quelques-unes de ses vidéos sur YouTube, on se sentait fin prêts pour interviewer Chamalu. J’appréhendais presque la rencontre tant je l’avais préparée. Mais il faut dire aussi que Chamalu est tellement respecté (voire vénéré) à Janajpacha que ça nous avait mis un petit coup de pression. Lui et ses 327 000 followers sur Facebook ! Néanmoins tout s’est très bien passé et l’interview s’est bien déroulée. La principale difficulté était de le faire en espagnol. #challenge

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La rencontre avec Chamalu

Chamalu est un homme de petite corpulence, discret et humble. Le strict opposé de ce à quoi on s’attendait pour un guide spirituel. Sa longue chevelure brune et sa barbe hirsute associées à une veste en cuir tendance lui conférait néanmoins un style singulier. À sa poignée de main sincère mais sans fioriture, on a tout de suite senti qu’il était chaleureux mais n’avait pas de temps à perdre. Nous avons apprécié la sobriété de son discours et surtout sa démarche. En effet Chamalu n’essaie pas de persuader les gens de quoi que ce soit. Il n’oblige personne à le suivre. Celles et ceux qui adhèrent à ses idées le suivent et sont libres de les appliquer. Quant aux autres, ils sont libres de penser ce qu’ils veulent.

 

Qui est Chamalu ?

Luis Espinosa est né il y a 58 ans dans les montagnes de Cochabamba, non loin de l’actuel ashram Janajpacha. Très jeune, il se rend compte qu’il existe un autre savoir que celui enseigné à l’école. Se rapprochant des indigènes, gardiens du savoir ancestral, son enseignement commence auprès de sa grand-mère quechua. Bien qu’analphabète, elle lui enseigne l’art d’observer et de comprendre la nature. Elle lit dans les nuages, interprète le vol des papillons, analyse les traces des animaux. À 9 ans, Chamalu voit apparaître une sphère lumineuse que personne d’autre ne peut apercevoir. Puis il entend une voix, celle de la « Pachamama », la Terre-Mère. Ses parents le font suivre par un psychiatre pour tenter de comprendre ses « troubles », en vain.

 

Chamalu le guérisseur

Après la disparition de sa grand-mère, Chamalu cherche un nouveau mentor. À 17 ans, il obtient la confiance d’un ancien qui lui transmet son savoir sur la guérison, et lui enseigne comment redonner la santé et comment la garder au jour le jour. Durant deux années à ses côtés, Chamalu apprend et étanche sa soif de connaissances. À 20 ans, il met en pratique ses talents de guérisseur, mais son appétit de savoirs n’est toujours pas rassasié. Il continue son apprentissage et à 28 ans, il commence la construction de cette communauté écologique, Janajpacha.

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La philosophie de Chamalu

La communauté Janajpacha a été fondée en 1990. Vingt-huit années plus tard, des dizaines voire des centaines de volontaires du monde entier sont passés par l’ashram. Pour Chamalu, cet ashram est un espace où perdurent les connaissances des anciens. Le respect de la Terre-Mère, la solidarité, et la vie comme quelque chose de sacré sont les piliers de sa philosophie : « Notre idée c’est qu’il y a une autre manière de vivre que celle proposée aujourd’hui par les sociétés modernes. Ici nous explorons un autre style de vie, loin de la consommation de masse. Nous sommes écologistes et plus solidaires, il s’agit d’apprendre à vivre dans une autre dynamique. Nous ne sommes pas favorables à un système éducatif classique professeur/élève,  qui dès le plus jeune âge nous prépare au travail, et donc à l’argent et à la consommation ». À Janajpacha, on cultive la terre, on mange plus sainement et on vit plus simplement, plus en harmonie avec la nature.

 

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Le combat de Chamalu pour une prise de conscience

Chamalu oppose l’Occident aux pays moins développés. L’Occident pour lui, ne se résume pas seulement à un lieu mais à une civilisation. Une civilisation décadente, inhumaine, inégalitaire et anti-écologique qui se base sur l’argent, les armes et les drogues. « Certains sont millionnaires quand d’autres meurent de faim. Une société qui connaît tant d’inégalités, d’addictions et de mal-être ne peut pas être viable. Nous imaginons un autre modèle car nous pensons qu’il y a une minorité lucide dans cet Occident. Seuls 5% pensent que leur mode de vie doit changer quand le reste pense que ce système occidental actuel est la norme. Cette société est malade. »

 

Une transition qui prendra du temps

Pour le chaman, un changement radical est donc nécessaire. Pour autant, il est parfaitement conscient qu’une transition ne se fera pas du jour au lendemain. Le chemin, est long, et il appartient à chacun de prendre conscience de la situation critique dans laquelle nous sommes, d’autant plus avec la croissance démographique actuelle. « Les problèmes écologiques ne sont qu’un symptôme du mal-être de notre société. La problématique, ce n’est pas la démographie, c’est un problème d’éducation, de conscience, de distribution égalitaire. On pourrait avoir une production alimentaire suffisante pour la population mondiale si tout était pensé en fonction de la vie et de la santé plutôt que du marché. Certaines personnes meurent de faim alors que d’autres meurent d’obésité ».

 

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La démarche de Chamalu dans le monde

Avec 50 livres traduits et plus de 11 000 conférences présentées dans le monde, Chamalu n’a jamais baissé les bras. Depuis trois décennies, être à contre-courant et pointé du doigt ne lui a jamais fait peur. Mais aujourd’hui, le chaman compte aussi sur cette communauté internationale qui a vu le jour ici à Cochabamba, dans cet ashram, depuis ces vingt-sept années. « Ceux qui passent par ici développent ensuite ces idées dans leur propre pays, ou leurs propres idées. Je crois que cette communauté Janajpacha a influencé beaucoup de gens pour qu’ils prennent des initiatives alternatives, ailleurs, partout dans le monde. Nous n’avons pas de relations directes avec eux, par manque de temps, mais nous savons que nous sommes un facteur d’inspiration. Cela fait trois décennies maintenant que nous agissons. C’est la preuve que nous pouvons vivre autrement ».

 

Dans notre prochain article, nous mettons le cap sur La Paz, capitale la plus haute du monde…

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